Quand
je m’éveille, ma bouche est ouverte. Mes dents sont grasses : les
brosser le soir serait mieux, mais je n’en ai jamais le courage. Des
larmes ont séché aux coins de mes paupières. Mes épaules ne me font plus
mal. Des cheveux raides couvrent mon front. De mes doigts écartés je
les rejette en arrière. C’est inutile : comme les pages d’un livre neuf,
ils se dressent et retombent sur mes yeux.
En
baissant la tête, je sens que ma barbe a poussé : elle pique mon cou.
La nuque chauffée, je reste sur le dos, les yeux ouverts, les draps
jusqu’au menton pour que le lit ne se refroidisse pas.
Le
plafond est taché d’humidité : il est si près du toit. Par endroits, il
y a de l’air sous le papier-tenture. Mes meubles ressemblent à ceux des
brocanteurs, sur les trottoirs. Le tuyau de mon petit poêle est bandé avec un chiffon, comme un genou. En haut de la fenêtre, un store qui ne peut plus servir pend de travers.
En m’allongeant, je sens contre la plante des pieds – un peu comme un danseur de corde – les barreaux verticaux du lit-cage.
Les habits qui pèsent sur mes mollets, sont plats, tièdes d’un côté seulement. Les lacets de mes souliers n’ont plus de ferrets.
Dès
qu’il pleut, la chambre est froide. On croirait que personne n’y a
couché. L’eau, qui glisse sur toute la largeur des carreaux, ronge le
mastic et forme une flaque, par terre.
J’ai découvert Emmanuel Bove il y a une trentaine d’années grâce aux Inrockuptibles
et aux articles de Gilles Tordjman. Hervé Guibert (1955-1991), comme
Peter Handke et Wim Wenders, faisait grand cas d’Emmanuel Bove et en
particulier de Mes amis.