samedi 22 août 2026
jeudi 20 août 2026
Journée docile seul (un poème d'Alain Minighetti)
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| Alain Minighetti |
Journée docile seul
dans le manque
sans souffrance
musique clémente psychédélique
perdu la notion de temps
les nerfs relâchés reposés
doux comme de s’endormir
avec la lourdeur d’un pachyderme
tu ne fais pas l’amour
avec un physique mais avec l’image
que tu te fais
de l’émanation de ses mouvements
pas d’orgueil pas de nerfs
les objets figés – être en apesanteur
l’inconscient est là beau
chaud comme un linge propre
tu peux le toucher
l’humer garder les lèvres closes
être en arrière du temps
tiré par le temps dans ses sabots
sa torpeur dans l’estomac
comme une enclume cependant
une impossibilité à régurgiter les deuils
qui se multiplient comme des lentes
comment trouver le chemin de ton lit
celui du sommeil véritable – s’abandonner
ho mais qu’ils sont perchés tout là-haut
tu dois trouver une échelle de pompier
où sont cachées tes pilules
à quelle heure ferme la pharmacie
sur le chemin de la solitude
tu serres les rênes
chaque jour un peu plus loin
lorsqu’il ne reste plus personne
Mathilde parle en toi – fuite en avant
tu ne peux plus sortir aller nulle part
partout le spleen t’étreint
fondu dans l’angoisse
les conversations qui t’excluent
avec Mathilde c’est doux
parce qu’elle ne te parle pas
tu peux réfléchir en paix
sans les interférences t’arc-bouter
pour ramasser les cendres
tu ne l’as jamais empêché de se saouler
ni de se jeter dans la Volga
tu lui as simplement demandé
de te laisser lire son Télérama
nous ne voulons pas de ces virtuosités froides
de ces feuilletons romanesques insipides
nous voulons l’âme des gens sur la table
le bûcher aux vanités sur la table
tu es enfoui dans la jungle de tes pensées
tu remercies Mathilde pour son écoute
car tu es conscient que le pathétisme
la misère repoussent et effraient
pourtant seul
dans le manque
sans souffrance
c’est beau un homme qui pleure
Alain Minighetti
Tout ce qui t'est refusé
Tout ce qui t’est refusé
Est sans importance
Oublie ta rancune
Et tes humeurs saumâtres
Ce qu’il faut c’est rompre
Avec tes trop longues habitudes
Disperser d’un geste vigoureux
La poussière des jours
Envoyer au diable
L’affreux défaitisme
Peu importe que la vie soit lente
Et le quotidien amer
Tout ce qui t’est refusé
Est sans importance
Oublie ta colère
Laisse éclore les images
Et tes yeux gonflés d’attente
Retrouveront leur éclat
Frédéric Perrot
mardi 18 août 2026
Guy Debord et Raoul Vaneigem (pour Valentine)
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| Guy Debord et Raoul Vaneigem en 1962 |
« À la moitié du chemin de la vraie vie, nous étions environnés d’une sombre mélancolie, qu’ont exprimée tant de mots railleurs et tristes, dans le café de la jeunesse perdue. » (Guy Debord, In girum imus nocte et consumimur igni)
Cette phrase reprise par Patrick Modiano en exergue de son roman Dans le café de la jeunesse perdue (2007), est un « détournement » des deux premiers vers de la Divine Comédie de Dante.
Photographie : Guy Debord, Œuvres, Quarto Gallimard, p.680
lundi 17 août 2026
Les beautés inéprouvées
Tous ces périls nés de la dépravation — Une folie de destruction sans précédent s’est emparée des esprits. Quel beau monde que cet étouffoir, où l’ignominie et le cynisme règnent sans partage. Maudits prédateurs ! Guerriers millénaristes sans honneur ! L’inepte morale chrétienne nous laisse entendre que tous ces vautours et charognards ne l’emporteront pas au paradis : la belle affaire ! Où a-t-on vu même une fois de tels brigands punis ? D’autant qu’ils travaillent, ils travaillent à leur propre immortalité ! Il est vrai que lorsqu’on est si riche et si puissant, l’idée de devoir mourir comme un vulgaire péquin est un brin déplaisante. La mort est trop démocratique pour ces grands seigneurs et ils travaillent donc à l’abolir, pour eux seuls évidemment : charité bien ordonnée commence par soi-même ! Du fond de mon trou, je leur souhaite d’échouer dans les plus immenses largeurs et qu’ils aillent pourrir parmi les dernières fleurs, ultimes traces du paradis terrestre et de l’Éden…
Les beautés inéprouvées — Les beautés inéprouvées se pressent de toutes parts. Absurde regard toujours tourné vers l’intérieur, et pour tout dire tombé à l’intérieur, comme dans un trou sordide et sans fond. Même inconsciente, quelle habitude malsaine ! L’intériorité est une sinistre plaisanterie, un piège… Creuser, descendre, creuser, pour découvrir au mieux de rebutantes nécropoles : on ne m’y reprendra plus ! J’aurai les yeux ouverts, comme le poète j’apprendrai à voir — Et je ferai miennes toutes ces beautés inéprouvées !
Frédéric Perrot
Poésie interrompue, Dans les marges du temps
Retour à la saison sèche
À la prose des jours
Dont les noces avec la lumière
Ont été rompues
L’été l’abrutissement
Peut être complet
Le corps sans désir
Supporte
La misère de l’esprit
L’absence de pensée
C’est l’heure de l’exil
Hors des mots
De l’évaporation
De toute vie personnelle
Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot.


