Pascal avait son gouffre, avec lui se mouvant.
— Hélas ! tout est abîme, — action, désir, rêve,
Parole ! et sur mon poil qui tout droit se relève
Mainte fois de la Peur je sens passer le vent.
En haut, en bas, partout, la profondeur, la grève,
Le silence, l’espace affreux et captivant…
Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant
Dessine un cauchemar multiforme et sans trêve.
J’ai peur du sommeil comme on a peur d’un grand trou,
Tout plein de vague horreur, menant on ne sait où ;
Je ne vois qu’infini par toutes les fenêtres,
Et mon esprit, toujours du vertige hanté,
Jalouse du néant l’insensibilité.
— Ah ! ne jamais sortir des Nombres et des Êtres !
Sur ce poème, lire les pages éclairantes de Maurice Blanchot dans La part du feu (« L’échec de Baudelaire »). Concernant Baudelaire, la notion d’échec est bien sûr toute relative. Mais Maurice Blanchot commente également le livre pour le moins problématique de Jean-Paul Sartre sur Baudelaire paru deux ans auparavant : « La démonstration de Sartre est très impressionnante et, dans l’ensemble, fort équitable. Il est donc vrai, Baudelaire a eu la vie qu’il méritait, vie sordide dans son raffinement, conformiste dans ses révoltes, mensongère dans la franchise qui la soulève, vie truquée et manquée ; tous ces jugements appellent peu de réserves. Mais si on les accepte, comme on le doit, il faut en accepter un autre, que Sartre néglige : c’est que Baudelaire a aussi mérité Les Fleurs du Mal, c’est que cette vie, responsable de son guignon, est responsable de cette chance insigne, l’une des plus grandes du siècle. » (Maurice Blanchot, La part du feu, 1949)

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