mercredi 22 avril 2026

Marie-Anne Bruch, Sombres Vers Blancs


     Dans ce nouveau recueil, Sombres Vers Blancs, Marie-Anne Bruch évoque une fois encore sa difficulté à être au monde et un mal plus général, qui à nen pas douter, est celui de notre triste temps : la détresse psychique. Les titres et sous-titres de certains poèmes sont à cet égard significatifs (Complainte de la folle, Souvenirs de dépression, Souvenirs dasile). Cependant, malgré la noirceur du propos densemble, ces Sombres vers blancs ne sont jamais, si je puis dire, plombants. Les vingt-quatre poèmes qui composent le recueil sont en effet portés par une bien curieuse énergie : Denis Hamel, qui signe la préface, parle à juste titre de « la vitalité de lexpression ». Le mélange des registres dans une forme apparemment classique (des quatrains pour lessentiel), les rimes intérieures, les jeux de mots à la Desnos ou à la Bashung, permettent à Marie-Anne Bruch déchapper au marasme, par lhumour et une pointe dautodérision, cette délicatesse des désespérés : « Et plus je me cabosse et mieux je me ressemble »

 

Marie-Anne Bruch, Sombres Vers Blancs, Éditions du Petit Pavé

mardi 21 avril 2026

Tel un Ulysse de pacotille

 

     

    Pour mémoire : « Mais Hermès ne trouva pas à lintérieur de la grotte Ulysse au grand cœur. Assis sur le rivage, et toujours au même point, il pleurait, son cœur se brisait en larmes, gémissements et chagrins. Et sur la mer inlassable il fixait ses regards en répandant des pleurs. » (Homère, LOdyssée, Chant V). Frédéric Perrot  

vendredi 17 avril 2026

Laura Vazquez, L'Idiote du village

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Par l’autrice la plus passionnante de sa génération, un essai de poétique lumineux. L’Idiote du village s’impose par la fragilité, l’innocence et la force d’un regard qui refuse la norme. Une langue libre et radicale, un geste littéraire rare, à la fois intime et visionnaire.

Laura Vazquez conduit le lecteur depuis les lieux et souvenirs fondateurs de son enfance – ­Villeneuve-la-rivière où vivait un garçon trisomique et Le Soler où vivait « La folle » –, dans les replis de la création littéraire. L’autrice travaille un matériau intime et s’interroge sur comment « le texte se met à écrire », comment dans la langue quelque chose advient qui se nomme littérature. Elle produit un essai versifié qui explore le réel et l’intime, l’écriture et la lecture, le rythme et la forme, les œuvres et le monde ; un court traité (de) poétique peuplé de livres, d’images et de figures d’écrivains, où l’on retrouve sa langue, son souffle et son rythme si singuliers.

lundi 13 avril 2026

Nous ne laisserons pas la tristesse nous submerger, Dans les marges du temps (pour Valentine)

Exposition au Divanoo

                        Pour Valentine,

 

Si tu veux être un esprit libre,

Garde-toi de te pencher

Sur les remugles du passé.

Disperse la paille de tes fictions,

 

Et convaincs-toi que jamais 

Ta vie ne fut si malheureuse

Qu’une mémoire fallacieuse

Te le laisse croire !

 

Puis déchire la toile en trompe-l’œil

Des désirs sans lendemain,

Des espoirs déçus,

Des souvenirs paralysants.

 

Si tu veux être un esprit libre –

Même pour un court instant ! –

Oublie ta peur, rejette l’angoisse

Comme un papier qu’on froisse,

 

Et même plongé dans les ténèbres, 

Somnambule et trébuchant,

Reste fidèle à la lumière :

Vois ! rien n’égale la beauté du jour qui point

  

Le poème appartient à mon recueil, Dans Les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot   

Olivier Mannoni, Traduire Hitler suivi de Coulée brune (Comment le fascisme inonde notre langue)

 

 
Présentation de l’éditeur :
 
Ce livre rassemble deux essais liés par un même constat : la langue est la charpente du fascisme.
Dans Traduire Hitler, Olivier Mannoni revient sur sa traduction de Mein Kampf. Outre les tempêtes suscitées par la parution d’Historiciser le mal, il raconte ici la lutte au corps à corps avec une prose lourde et pernicieuse. Car pour conserver la mémoire des mots qui ont rendu possible l’indicible, ce texte devait demeurer ce qu’il est : la grammaire de l’horreur.
Face à une actualité où les démons semblent renaître, Coulée brune tire les conséquences de ce travail pour nous alerter sur le pouvoir du discours tronqué, trompeur et d’autant plus efficace qu’il est simpliste. Le venin du fascisme infecte la langue depuis plus longtemps qu’on ne le pense… À quand cela remonte-t-il ? Au second tour de 2002 ? À la crise des Gilets jaunes ? À celle du COVID-19 ?
S’aventurant jusque dans les entrailles de notre histoire européenne, ce livre d’une lucidité redoutable met à nu les menaces linguistiques qui pèsent sur nos démocraties.

Champs - Champs essais (Paru le 11/03/2026)