mardi 24 mars 2026

Est-ce ma faute si ton rêve a basculé ?

 

« Je ne cherche pas à me blanchir, je fais largement amende honorable, mais à bien y réfléchir, je ne comprends pas pourquoi je devrais porter seul la responsabilité de ce carnage. Est-ce ma faute si ton rêve a basculé ? Toute cette histoire était cousue de fil blanc, une escroquerie sentimentale. Émus par de si charmants débuts, nous nous bercions tous deux d’illusions et à un moment, ce fut l’heure du réveil. Je ne cherche pas à me blanchir, je sais que je suis imbuvable, mais tout bien médité, je ne comprends vraiment pas pourquoi je devrais endosser seul la responsabilité de ce carnage. Est-ce ma faute si ton rêve a basculé ? Est-ce ma faute, si tout était marqué dès le début du sceau de la fausseté ? Je ne cherche aucunement à me blanchir, il faut parfois insister pour se faire comprendre, mais je refuse de porter seul la responsabilité de ce carnage : ce serait trop facile, comme une explication tronquée, visant à donner un sens univoque à l’histoire, son fin mot… Or, pour aboutir à un tel carnage, il a fallu que les coups répondent aux coups et que chacun s’envenime de ses propres blessures, de sorte que les torts ne peuvent être que partagés, quoique dans des proportions différentes, bien sûr… Indépendamment de toutes les circonstances contraires et des difficultés ajoutées par mon seul caractère, est-ce ma faute si ton rêve a basculé ? »

 

                                                                     Frédéric Perrot

lundi 23 mars 2026

Mon double et moi, Dans les marges du temps

 


« I met myself in a dream

                               And I just want to tell you that everything was allright »

                                                                                     Lou Reed

 

Depuis plusieurs jours,

J’ai pris l’importante décision

De garder mes distances,

De me tenir à au moins un mètre de moi-même :

 

On n’est jamais trop prudent !

 

Quand dans le grand appartement

Je croise mon double,

Nous évitons toute manifestation fraternelle

Tels que serrements de mains, accolades, embrassades…

 

J’ai été très inquiet pendant un moment

Pour mon double…

Lui d’ordinaire si silencieux

Ne cessait plus de répéter :

 

Édition spéciale

Édition spéciale

Édition spéciale

Édition spéciale

 

Le pic de la crise a été atteint

Quand en pleine nuit il s’est mis à taper

Bruyamment sur le piano –

Juste pour emmerder les voisins !

 

Il s’est calmé depuis heureusement,

S’est plongé dans la lecture

De Mars de Fritz Zorn

Dont il me lit des extraits… accablants.

 

Je ne sais combien de temps

Mon double et moi,

Nous parviendrons à nous supporter :

Il ne faudrait pas que cela dure éternellement !

 

 

29 mars 2020

 

  

 

Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Il a été écrit dans les premières semaines du confinement de mars 2020. Je l’ai lu lors de la soirée poésie au Divanoo, Encres libres, le jeudi 12 mars. Frédéric Perrot.

 

Pour écouter la chanson « Beginning to see the light » du Velvet Underground :


https://youtu.be/jRAFf2oePMM?si=oqLOZCz86fQZppFr


jeudi 19 mars 2026

Le guetteur sentimental, Dans les marges du temps (pour Delphine)

 



Tel un guetteur sentimental,

Égaré dans les marges du temps,

 

À quoi suis-je donc occupé ?

J’attends, j’attends

 

Qu’enfin quelque chose se passe…

 

J’attends, j’épie

 

Un signe,

Un mot,

Un mouvement,

 

Mais jamais rien ne se passe :

 

Ce qu’il faudrait tuer en soi,

C’est l’espoir, l’absurde espoir

 

Que tout dément

 

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         Dans L’amour fou, André Breton écrivait : « J’aimerais que ma vie ne laissât après elle d’autre murmure que celui d’une chanson de guetteur, d’une chanson pour tromper l’attente. Indépendamment de ce qui arrive, n’arrive pas, c’est l’attente qui est magnifique. »

 

Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot


mercredi 18 mars 2026

Descends de ton tréteau, mauvais acteur, Dans les marges du temps

 

Strasbourg


Descends de ton tréteau, mauvais acteur :

Le sérieux est un masque funéraire

Qui ne convient guère à ton caractère.

Nous sommes las des vains cris de la colère,

Epargne-nous de grâce tes postillons,

Abandonne ce masque d’imposteur.

 

Cesse d’être grimacier et retrouve

Ta vraie voix, un ton juste, ton silence,

Ton secret, qui n’a rien de douloureux :

Rester confidentiel n’est pas honteux,

 

Et ce n’est que dans les marges du temps,

Quand nous sommes sans public, isolés,

Que nous pouvons espérer prononcer

Un premier mot qui ne serait pas faux.

 

N’aie pas peur, sois confiant, éveillé :

Ta vraie voix, tes couleurs, ta musique…

 

 

Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot

mardi 17 mars 2026

Black Celebration de Depeche Mode a quarante ans (pour Valentine)

 


Le 17 mars 1986, sortait le cinquième album studio de Depeche Mode, Black Celebration. Premier disque de rupture dans la carrière alors toujours incertaine du groupe, oscillant entre ballades sentimentales (A question of Lust), tubes imparables volontiers cyniques (A question of Time, Stripped) et atmosphères plus sombres (Black Celebration), hantées par la mort ordinaire (Fly on the windscreen - Final) ou le vide de la société anglaise (l’ironique New dress). Rétrospectivement, un disque crucial, marquant le début d’une ascension phénoménale, puisque devaient suivre les fondamentaux Music for the masses (1987) et Violator (1990). Mais l’histoire alors n’était pas encore écrite…

 

Pour écouter Stripped :


https://youtu.be/vYH0vhLpqHU?si=DiNft_jI2PCg0hUV


lundi 16 mars 2026

Un poème de Marie-Anne Bruch (Nouveaux Délits, numéro 83)

 



Épaisseurs et nudités

 

La nuit est une encre subtile

et la douleur change de couleur.

 

Jeter un œil au fond de soi

et n’y trouver qu’un peu d’air frais,

pour l’apaisement ou l’effroi ?

 

Le cœur, mieux que nul autre,

sait rebattre les cartes.

 

Trop d’entrées dans les dictionnaires

et tellement peu de sorties…

 

Échapper aux définitions

est la mission de l’être humain.

 

À la géométrie de nos barreaux

répondent les feuillages rebelles.

 

Dans le silence,

le contour des choses

se dessine plus durement

et les frayeurs passent

du grave à l’aigu.  

 

               Marie-Anne Bruch, extrait de Cristallins Secrets

 

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Cathy Garcia Canalès

Nouveaux Délits, numéro 83, Janvier 2026