mercredi 1 février 2023

À fréquenter la médiocrité d'un peu trop près (Alain Minighetti, fragments)

 

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(Elle)

 - Vous, vous êtes vraiment LE FAN des hiboux !

 

(Moi)

 - J’aime beaucoup les femmes également et les hannetons.

 

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Ton droit à la bipolarité est indéfectible.

 

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Longtemps j’avais tenté la liberté et la solitude à leur paroxysme, nues, vastes et étendues comme des déserts – et j’avais échoué.

 

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Brutale est ta maison de petit enfant (les assiettes et les couverts volent un peu trop bas).

 

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Passager de lui-même l’homme rapide bâille aux corneilles.

 

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Si tu ne sais plus parler

Si tu ne veux plus écrire

Tombe amoureux des images

 

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Plutôt que de s’attarder dessus, autant faire fructifier son capital souffrance. 

 

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Une bio ?...

J’ai commencé pas mal de trucs !

 

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Chaissac

Au firmament de couleur

Recroquevillé au chaud

Je suis à l’intérieur

 

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J’aime pas trop les scènes d’apocalypse.

 

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Fuite en avant la surenchère

En avait laissé

Quelques-uns sur le carreau

 

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Mon ex-femme avait souvent de bons conseils avisés à mon endroit. Je n’ai manifestement pas dû en suivre beaucoup.

 

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Les rapports humains, moi je trouve que cela demande tout de même trop d’efforts.

 

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Le désir, la création et l’ego... le mieux est lorsque l’on en est débarrassé et que l’on peut enfin commencer à voler.

 

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Tu es absent des autres. Et eux, quelle mélodie jouent-ils dans leur tête ?

 

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Les années et les décennies filent vite. Les journées moins.

 

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Bientôt

Tu ne ressembles plus à rien

 

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Par exemple le mot « projet » est substantiellement sorti de ton vocabulaire usuel.

 

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Mesdames, si vous avez du temps à perdre, du temps à vivre, aimez les poètes.

 

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Un mec qui écrit n’a rien d’un mec amoureux

 

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Si cela se trouve tu t’aimes mais tu ne le sais pas encore. Courage !

 

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Prendre son temps ainsi que faire preuve de mauvaise humeur sont des luxes dont on aurait tort de se priver.

 

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Je n’ai jamais été aussi près de l’art que depuis que je m’en contrefiche.

 

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Il est illusoire de vouloir tout expliquer avec des mots même si l’on peut s’y risquer.

 

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À fréquenter la médiocrité d’un peu trop près il est parfois facile d’y succomber soi-même.

 

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L'espoir fait mal au ventre.

 

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Cette excuse-là, « je n'ai pas le temps », c'est absurde non ?!

 

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Entre ce que tu désires, entre ce qu’il se passe réellement et ce que tu crois qu’il se passe, il y a quelques années-lumière.

 

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La nostalgie est néfaste pour la santé. Le romantisme pas moins.

 

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Est-ce bien indispensable de se passionner pour quelqu’un ou quelque chose ?

 

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Le plaisir d’être un « has been » est divin. Plus jeune je n’aurais jamais imaginé cela possible.

 

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Il est si doux de se sentir régresser et en apesanteur.

 

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Et si être « has been Bisounours » c’était en fait être « tendance » !

 

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Hormis certains animaux et petits enfants je ne connais rien de plus délicat que les fantômes.

 

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Le cimetière où sont enterrés ma mère et mes grands-parents je n'y vais pas – j'aime pas l'ambiance !

 

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Je « partage » (ou « poste ») donc je suis. Et cela m’évite d'avoir à penser ou créer.

 

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Ce n’est ni la violence ni la brutalité que je recherche, c’est l’animalité .

 

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La marche pour moi est le divertissement par excellence.

 

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J’adhère parfois à ma connerie et je vieillis bien.

 

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Tu regardes le monde tourner le cul assis sur une chaise et tu comptes les points.

 

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Bien entendu que l’existence des extra-terrestres est prouvée : ce sont nos vieux !

 

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J’ai déjà eu mon heure de gloire mais pour parfaire la supercherie j’en souhaiterais ardemment une seconde.

 

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Être adulte, être parent, être responsable, être inquiet, en permanence.

 

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À propos de cet homme qui semble être revenu de tout, tu te demandes s’il ne s'agit pas là d'une contrefaçon.

 

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La solitude est une drogue dure qui ne réduit pas forcément l’espérance de vie.

 

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Ma première psychiatre était une petite fille innocente. Ainsi je n’ai raté aucun de nos rendez-vous.

 

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Il fit un rêve dans lequel il aimait travailler. Puis comme à l’accoutumée son réveil fut sans but.

 

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Son cœur était devenu si hostile, que pris de peur, même les morts s’en échappaient.

 

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Ta distance est ma distance.

 

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Tu étais sans but et la patience était ta seule gloire.

 

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Tu as cru en tant de chimères que le rêve n’est plus pour toi qu’une punition.

 

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Qui est dans ce cri qui te perdure comme un vagin violé ? Qui suspend le vol des cigognes ?

 

 

 

Alain MINIGHETTI. Fragments, 2020 – janvier 2023


lundi 30 janvier 2023

C'est tellement bête que ce doit être vrai

 

                                              « C’est tellement bête que ce doit être vrai. »

                                                                            Georges Bernanos

 

 

Un député d’extrême-droite réclame à l’assemblée que tous les enfants à naître se prénomment, selon leur sexe, Joseph ou Marie. Des numéros pourront être à terme utilement ajoutés pour les distinguer. Joseph 28, Marie 34, etc.

 

C’est tellement bête que ce doit être vrai.

 

Un romancier sur le retour prédit une future guerre civile et avoue que son seul regret est de ne pouvoir être cloné, afin d’y assister personnellement en spectateur désenchanté.

 

Un dictateur quelconque menace de faire exploser le Soleil si on ne le laisse pas opprimer sa population comme il l’entend, et cette menace est prise très au sérieux par la communauté internationale, qui ne cache pas son inquiétude.  

 

C’est tellement bête que ce doit être vrai.

 

La chaîne de restauration Junk Food s’excuse auprès de ses clients pour les traces de sperme humain trouvées dans sa viande rouge.

 

La Chine annonce à grands renforts de vidéos qu’elle compte organiser les Jeux olympiques 2048 sur la face cachée de la Lune.

 

Un humoriste notoirement antisémite s’excuse auprès de la communauté juive pour ses débordements passés et promet d’aller se recueillir au printemps prochain à Auschwitz. Des selfies et des prises de parole émues en témoigneront.

 

 C’est tellement bête que ce doit être vrai.

 

Un philosophe grabataire affirme que des hordes extraterrestres se rassemblent aux confins de notre système solaire et attendent leur heure pour nous envahir. « Leur étendard est d’un vert comparable à celui de l’Islam, et je vous le dis avec toute la gravité nécessaire : ce ne peut pas être seulement une coïncidence… »

 

L’intellectuel pakistanais ayant écrit dans son dernier ouvrage que les « vierges promises » n’étaient qu’une métaphore, a été brûlé vif.

 

Un ami m’a raconté qu’il avait entendu sa voisine hurler et supplier son compagnon de la battre, afin que tout redevienne comme avant

 

C’est tellement bête que ce doit être vrai.



                                                                                      Frédéric Perrot

dimanche 29 janvier 2023

François Bégaudeau, Boniments (un extrait)

 


Risque (prendre son)

 

Au commencement il y eut René Char, puis vint Emmanuel Macron.

« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque », avait écrit le poète, et l’aphorisme parvint aux oreilles du brillant élève du lycée jésuite La Providence. Ou bien il l’emprunta à son ami Bayrou, qui le citait à l’envi pendant sa campagne de 2007. Ou bien il l’entendit dans une réunion du conseil de surveillance de Veolia.

Devenu banquier, le clinquant littéraire fait de la suggestion oraculaire de Char un mantra, racontant partout que pour se lancer dans la course présidentielle, lui l’énarque hors système a dû prendre son risque.  

Devenu président, il demeure poète et donc rebelle. Alors que les pisse-froid du Conseil scientifique poussent au reconfinement du pays qu’un variant du Coronavirus menace, il résiste. Tel Pascal, il fait un pari, commentent les commentateurs. Il prend son risque.

C’est souvent que de parfaits conservateurs ayant grandi dans des collèges taillés sur mesure, suivi des filières étrennées par leurs parents, épousé des carrières promises et dues, connu des ascensions programmées dans lesdites carrières, investi des résidences sécurisées dans des quartiers retranchés, inscrit leurs enfants dans des collèges taillés sur mesure d’où s’élanceront leurs ascensions programmées, etc., célèbrent le risque.

Ce n’est pas un paradoxe.

C’est parce que les conservateurs ont des vies balisées qu’ils aiment s’imaginer hors des clous. C’est parce qu’ils restreignent leur pensée à la défense de leurs intérêts qu’ils prétendent penser out of the box.  C’est parce que leur existence est sans risque qu’ils n’ont que ce mot à la bouche. Analogiquement, l’héritier est le meilleur colporteur de la fable du mérite. Certes nous avons eu des facilités, concédait un jour une journaliste politique de télé mariée à un journaliste politique de télé frère d’un journaliste politique de télé officiant aujourd’hui à BFM comme son neveu journaliste politique de télé ; mais nous avons travaillé, retombait-elle sur ses pattes.

Le bas peuple saisissant quand même mal pourquoi une fille d’ouvrier sénégalais hissée au rang d’institutrice en serrant les dents gagne cinquante fois moins qu’un P.-D.G. de la pétrochimie, le concile libéral doit inventer un dogme supplémentaire, un boniment d’appoint : le risque. L’institutrice est sans doute méritante, mais elle ne prend pas de risques. Sauf le respect qu’on lui doit, elle est fonctionnaire. Alors que l’entrepreneur – ne pas confondre avec le patron – s’est lancé dans un business comme on se jette dans le vide. Il a engagé son corps et son prêt bancaire dans la bataille, il a bien pris son risque et non pas simplement un risque. Il aurait pu y laisser sa peau, tel Magellan navigant à vue vers des continents incertains. À la fin, son pari a été gagnant, sa start-up de tandems urbains est rentable, et ce courageux coup de poker de départ rend presque décent le salaire qu’il s’attribue.

Il se trouve qu’il a su convaincre la banque en démontrant que l’aventure de Bike-for-Two était précisément sans risque car il avait les reins solides grâce à la revente fort lucrative d’une boîte de soutien scolaire créée avec l’argent de la revente d’un appartement familial.

Il se trouve assez souvent que ceux qui prennent leurs risques ne courent aucun risque à les prendre.

Quel risque réel prenait Emmanuel Macron en s’opposant à un troisième confinement ? Son pari de janvier 2021 ayant été perdu, on vit la virulente troisième vague saturer les hôpitaux, épuiser les soignants, asphyxier des milliers de pauvres ; on ne vit pas qu’Emmanuel eût à payer personnellement son risque.

À la lumière des diatribes des conservateurs contre le principe de précaution, on comprend encore mieux que leur apologie du risque est la devanture d’une pulsion de produire effrénée et indifférente aux dommages collatéraux sur les gens, les bêtes, les sols, l’air. L’entrepreneur sans précaution fait valoir une balance bénéfice-risque où le bénéfice est privatisé et le risque socialisé. À lui les dividendes du gaz de schiste obtenu en fracturant la roche, aux habitants du coin l’eau viciée et les cancers subséquents. En libéral conséquent, il ne se défausse pas de sa responsabilité. C’est seul et en toute conscience qu’il a pris le risque de la mort des autres.   

 

Eels, Your Lucky Day in Hell (pour Valentine)


 

                Pour écouter le morceau de Eels : https://youtu.be/3RTPwAn7UCE

jeudi 26 janvier 2023

Le Théâtre du Potimarron au Divanoo


 

« Donne, donne-moi le droit d’asile …

Je  voudrais accoster ! »

création Théâtre – Forum 2023.

 

Dans le spectacle, des scènes issues d’histoires vécues, dans lesquelles  l’accueil des étrangers, des réfugiés qui fuient la guerre et la misère,  n’est pas  au rendez- vous.

 

Nous jouerons le spectacle une première fois, puis nous reprendrons certaines scènes afin que des personnes du public, si elles le souhaitent, viennent sur scène  pour jouer leur point de vue et  tenter d’agir, afin que demain les choses ne soient plus tout à fait comme avant.

 

Poèmes et chansons rythment le spectacle.

 

Le titre « Donne, donne-moi… » est un extrait de la chanson de Dominique  Grange LE  DROIT D’ASILE.

 

4 représentations  du spectacle en 2023

Café culturel « Le Divanoo » (où a été créé le spectacle) jeudi 26 janvier  20h

Fête des Cultures, à la salle du Cheval Blanc, samedi 28 Janvier 19h

Emmaüs  Mundo 14, Rue de l’Atome  Bischheim, samedi 4 février 14h30

ASTU 13 A rue du Hohwald Strasbourg, dimanche 5 février 11h