Pour écouter First we take Manhattan par Leonard Cohen
https://youtu.be/JTTC_fD598A?si=MhOxDiwMp-skshLK
Pour écouter First we take Manhattan par le groupe REM
Pour écouter First we take Manhattan par Leonard Cohen
https://youtu.be/JTTC_fD598A?si=MhOxDiwMp-skshLK
Pour écouter First we take Manhattan par le groupe REM
Quand je m’éveille, ma bouche est ouverte. Mes dents sont grasses : les brosser le soir serait mieux, mais je n’en ai jamais le courage. Des larmes ont séché aux coins de mes paupières. Mes épaules ne me font plus mal. Des cheveux raides couvrent mon front. De mes doigts écartés je les rejette en arrière. C’est inutile : comme les pages d’un livre neuf, ils se dressent et retombent sur mes yeux.
En baissant la tête, je sens que ma barbe a poussé : elle pique mon cou. La nuque chauffée, je reste sur le dos, les yeux ouverts, les draps jusqu’au menton pour que le lit ne se refroidisse pas.
Le plafond est taché d’humidité : il est si près du toit. Par endroits, il y a de l’air sous le papier-tenture. Mes meubles ressemblent à ceux des brocanteurs, sur les trottoirs. Le tuyau de mon petit poêle est bandé avec un chiffon, comme un genou. En haut de la fenêtre, un store qui ne peut plus servir pend de travers.
En m’allongeant, je sens contre la plante des pieds – un peu comme un danseur de corde – les barreaux verticaux du lit-cage.
Les habits qui pèsent sur mes mollets, sont plats, tièdes d’un côté seulement. Les lacets de mes souliers n’ont plus de ferrets.
Dès qu’il pleut, la chambre est froide. On croirait que personne n’y a couché. L’eau, qui glisse sur toute la largeur des carreaux, ronge le mastic et forme une flaque, par terre.
J’ai découvert Emmanuel Bove il y a une trentaine d’années grâce aux Inrockuptibles et aux articles de Gilles Tordjman. Hervé Guibert (1955-1991), comme Peter Handke et Wim Wenders, faisait grand cas d’Emmanuel Bove et en particulier de Mes amis.
« Ç’avait été en 1927 seulement que les faits et gestes de Charles avaient commencé à surprendre la famille Benesteau, le père surtout. Charles était devenu sombre, susceptible, coléreux. » Charles Benesteau a pourtant tout pour être heureux : une belle situation, une femme aimante, une famille, des amis. Mais il décide de changer de vie. Installé dans un quartier populaire de Paris, il s’invente un avenir digne de son idéal…
Emmanuel Bove (1898-1945) a été révélé par Colette qui édita son premier roman, Mes amis. Après-guerre, son œuvre est tombée dans l’oubli, avant de susciter un nouvel engouement en France et en Allemagne, notamment grâce à Peter Handke et Wim Wenders. Le Pressentiment a été adapté au cinéma par Jean-Pierre Darroussin en 2006.
Préface de Marie Darrieussecq
Nous contemplons l’esprit lucide
Ce qui est mort et révolu
Oh que de temps perdu
À inspecter des caveaux vides
Par goût de l’illusion
Avec un reste de candeur
Nous souhaiterions que nos vies
Ne soient qu’une féerie sans fin
Amour ivresse musique lectures
Mais nous ne sommes plus sensibles
Qu’à la douleur et à la pourriture
La mort est hélas programmée
Elle jette un piètre crépuscule
Sur tous nos actes minuscules
Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot.
Le Cosmos, dans les récits de science-fiction, est un espace vierge, un espace à conquérir, un lieu de sublimation ; le temps, un temps à venir. Chez Lovecraft, l’espace est perçu comme un vide, une profondeur ; le temps, comme celui, mythique, des commencements. Et du fond du temps, de l’autre bout du Cosmos, menace l’abomination. Ce n’est pas l’homme qui, téméraire, va explorer sur des engins prodigieux les mondes nouveaux : c’est l’inconnu qui, sous des formes diverses mais toujours immondes, déferle sur notre planète. L’initiative n’est pas du côté de l’espèce humaine, qui sert au contraire de champ d’observation et… d’expérimentation à des êtres fabuleusement différents, ayant sur l’homme, dans le domaine scientifique et technique, une phénoménale avance.
Chez Lovecraft, le savoir et l’efficacité technique ne se trouvent pas au terme de l’évolution de la race humaine, ils sont au commencement. La notion de progrès, au sens moderne du terme, est pour lui dénuée de sens. Au contraire, l’histoire des civilisations qui, depuis des temps immémoriaux, se sont succédé sur notre planète, est celle d’une lente et irréversible décadence. L’homme contemporain ne se définit pas en fonction de ses futures conquêtes dans l’espace ou de sa maîtrise chaque jour plus totale des phénomènes naturels : il est celui qui a oublié ce que les « Grands Anciens » savaient avant lui. Venus des espaces profonds de l’éther, ces êtres primordiaux s’étaient fixés sur la terre des millions d’années avant que l’homme n’apparaisse. À en croire le narrateur des Montagnes Hallucinées, ils étaient mille fois plus avancés que nous dans le domaine de la technique, de l’art, de la recherche fondamentale. Ils avaient su imaginer et façonner des esclaves dociles, obéissant à des suggestions hypnotiques, qui avaient créé pour eux des cités merveilleuses. Ils étaient puissants, sages et heureux. Et seule la révolte des « shoggoths », imprévisible et dévastatrice, avait pu mettre un terme à cette civilisation exemplaire.
Pour le rêveur de Providence, au commencement, ailleurs, était la perfection. Depuis lors, ici-bas, la chétive humanité qui a tout oublié est écrasée, terrorisée, dominée par ces forces inconnues qu’elle n’est plus en mesure de comprendre. C’est parce que Lovecraft édifie toute son œuvre sur cette base mythique, irrationnelle, qu’il n’est pas, à nos yeux, un auteur de science-fiction.
Tu m’as donné l’avis
Que j’avais demandé.
J’ai reçu le glacis
Auquel je m’attendais.
Le morceau d’une pomme
Qui m’avait bien mâché,
Je l’ai vite recraché.
Quand j’ai revu cet homme
Que j’ai beaucoup aimé,
Je lui ai annoncé
Que demain je partais.
Surfacé je l’étais,
Craquelé au-dedans,
Lorsque j’ai vu devant
L’homme aux yeux embués.
Renaud Rohrl