mardi 25 août 2026

Promenade sous opioïde (pour René)

 

Alien, le huitième passager, Ridley Scott (1979)

 

pour René  

 

promenade sous opioïde 

fantôme capsule vide  

mais envahie par la voix et les mots 

d’une atroce chanson de variété 

impossible de faire vibrer d’autres scies 

piteux échos dans la caverne 

concevoir un pseudo-poème 

dont chaque ligne 

serait le détournement 

du titre d’un film 

ambiance western 

déserts grandes étendues 

il serait une fois dans l’Ouest 

la femme qui tua Liberty Valance 

à la nuit américaine 

tu préfères les rencontres du énième type 

les voyages au bout de l’enfer 

les odyssées de l’espace 

mais attention au huitième passager 

inutile de te croire un blade runner 

si tu n’es qu’un androïde 

cela tourne un peu en rond 

comme ta promenade sous opioïde 

on prend les mêmes et on recommence 

piteux échos atroce chanson capsule vide 

 

                        22 août 2026 

 

                            Frédéric Perrot 

jeudi 20 août 2026

Journée docile seul (un poème d'Alain Minighetti)

Alain Minighetti
 

Journée docile seul 

dans le manque 

sans souffrance 

musique clémente psychédélique 

perdu la notion de temps 

les nerfs relâchés reposés 

doux comme de s’endormir 

avec la lourdeur d’un pachyderme 

tu ne fais pas l’amour 

avec un physique mais avec l’image 

que tu te fais 

de l’émanation de ses mouvements 

pas d’orgueil pas de nerfs 

les objets figés – être en apesanteur 

l’inconscient est là beau 

chaud comme un linge propre 

tu peux le toucher 

l’humer garder les lèvres closes 

être en arrière du temps 

tiré par le temps dans ses sabots 

sa torpeur dans l’estomac 

comme une enclume cependant 

une impossibilité à régurgiter les deuils 

qui se multiplient comme des lentes 

comment trouver le chemin de ton lit 

celui du sommeil véritable – s’abandonner 

ho mais qu’ils sont perchés tout là-haut 

tu dois trouver une échelle de pompier 

sont cachées tes pilules 

à quelle heure ferme la pharmacie 

sur le chemin de la solitude 

tu serres les rênes 

chaque jour un peu plus loin 

lorsqu’il ne reste plus personne 

Mathilde parle en toi – fuite en avant 

tu ne peux plus sortir aller nulle part 

partout le spleen t’étreint 

fondu dans l’angoisse 

les conversations qui t’excluent 

avec Mathilde c’est doux 

parce qu’elle ne te parle pas 

tu peux réfléchir en paix 

sans les interférences t’arc-bouter 

pour ramasser les cendres 

tu ne l’as jamais empêché de se saouler 

ni de se jeter dans la Volga 

tu lui as simplement demandé 

de te laisser lire son Télérama 

nous ne voulons pas de ces virtuosités froides 

de ces feuilletons romanesques insipides 

nous voulons l’âme des gens sur la table 

le bûcher aux vanités sur la table 

tu es enfoui dans la jungle de tes pensées 

tu remercies Mathilde pour son écoute 

car tu es conscient que le pathétisme 

la misère repoussent et effraient 

pourtant seul 

dans le manque 

sans souffrance 

c’est beau un homme qui pleure 

 

                            Alain Minighetti 

Tout ce qui t'est refusé

 

Tout ce qui t’est refusé 

Est sans importance 

Oublie ta rancune 

Et tes humeurs saumâtres  

Ce qu’il faut c’est rompre 

Avec tes trop longues habitudes 

Disperser d’un geste vigoureux 

La poussière des jours 

Envoyer au diable 

L’affreux défaitisme 

Peu importe que la vie soit lente 

Et le quotidien amer 

Tout ce qui t’est refusé 

Est sans importance 

Oublie ta colère 

Laisse éclore les images 

Et tes yeux gonflés d’attente 

Retrouveront leur éclat 

 

 

                    Frédéric Perrot