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| Dessins de Coco et Benjamin Chaud |
Quatrième de couverture
25 mai 1895. Oscar Wilde, dramaturge admiré du Tout-Londres et amant de lord Alfred Douglas, est condamné à deux ans de travaux forcés pour «outrage aux mœurs». Début 1897, l’écrivain brisé, réduit au sinistre matricule «C.3.3.», obtient enfin du directeur de la prison de Reading l’autorisation d’écrire. La longue lettre qu’il rédige alors à l’intention de Douglas, à qui il reproche de l’avoir abandonné, ne sera publiée, partiellement, que cinq ans après sa mort : récit autobiographique et méditation existentielle sur l’art et la douleur, De profundis est aussi l’un des plus beaux témoignages qui soient sur la passion. Quant à La Ballade de la geôle de Reading (1898), inspirée d’une histoire vraie, elle retrace les derniers jours d’un soldat exécuté pour avoir égorgé sa femme par jalousie. Ce poème poignant est le chant du cygne de Wilde, qui mourut deux ans après sa publication.
Édition et traduction de l’anglais : Pascal Aquien
« Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. Les branches sont libres de n’avoir pas de fruits.
On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur. »
René Char, Qu’il vive !
Le vice prospère, la mort parade, son char fleuri est salué par la foule. Tonnerres d’applaudissements, canonnades en série. « Fêtons le triomphe sanglant ! Et continuons, continuons, ne nous arrêtons pas en si bon chemin, tirons dans le tas, engloutissons sous les décombres ! Femmes, enfants, vieillards ! Tuons et le futur et le passé ! Exterminons l’espoir et la mémoire ! Notre gloire est à ce prix. »
Frédéric Perrot
« Nous vivons dans les sous-sols de la Tour de Babel. Nous ne connaissons pas d’autre lumière que celle de nos frontales, grâce auxquelles nous nous déplaçons sans nous heurter. Tous nos mouvements cependant sont furtifs, rapides, empêchés : dans ces sous-sols sordides règne la promiscuité, nous sommes si nombreux, innombrables et chacun lutte férocement pour sa minuscule place. La circulation générale se trouve encore compliquée par le fait que beaucoup ont depuis longtemps choisi l’immobilité et se dressent en travers de votre chemin comme des statues hagardes. Cela peut donner lieu à des rixes, à de violentes mises à terre, mais de tels incidents restent rares, tant par tradition, brumeuse superstition, un certain respect entoure la secte des immobiles et leur invincible renoncement. — Mais pour le plus grand nombre d’entre nous, nous ne voulons pas renoncer et nous continuons de nous déplacer, malgré la presse, l’empêchement, les défaillances de nos lumières et un sentiment global d’inutilité. Toujours le mouvement même dans ces conditions nous semblera préférable. La malédiction telle qu’elle est racontée est tombée jusqu’à nous : horrible moment ! Ce fut comme un vent brûlant tournoyant entre nous, une tempête de feu qui nous laissa stupéfaits, sema la mort et la folie. — Et depuis, aucun d’entre nous ne peut espérer se faire comprendre d’un autre, même d’un seul : cela n’est jamais arrivé, ne s’est jamais produit et nous sommes condamnés à ne jamais nous comprendre et à errer dans l’obscurité. »
Frédéric Perrot