Pour écouter Dream brother :
https://youtu.be/3CSa78SA9qo?si=hREdnViBoQwHBiIh
À droite l’aube d’été éveille les feuilles et les vapeurs et les bruits de ce coin du parc, et les talus de gauche tiennent dans leur ombre violette les mille rapides ornières de la route humide. Défilé de féeries. En effet : des chars chargés d’animaux de bois doré, de mâts et de toiles bariolées, au grand galop de vingt chevaux de cirque tachetés, et les enfants, et les hommes sur leurs bêtes les plus étonnantes ; — vingt véhicules, bossés, pavoisés et fleuris comme des carrosses anciens ou de contes, pleins d’enfants attifés pour une pastorale suburbaine. — Même des cercueils sous leur dais de nuit dressant les panaches d’ébène, filant au trot des grandes juments bleues et noires.
Pascal avait son gouffre, avec lui se mouvant.
— Hélas ! tout est abîme, — action, désir, rêve,
Parole ! et sur mon poil qui tout droit se relève
Mainte fois de la Peur je sens passer le vent.
En haut, en bas, partout, la profondeur, la grève,
Le silence, l’espace affreux et captivant…
Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant
Dessine un cauchemar multiforme et sans trêve.
J’ai peur du sommeil comme on a peur d’un grand trou,
Tout plein de vague horreur, menant on ne sait où ;
Je ne vois qu’infini par toutes les fenêtres,
Et mon esprit, toujours du vertige hanté,
Jalouse du néant l’insensibilité.
— Ah ! ne jamais sortir des Nombres et des Êtres !
Sur ce poème, lire les pages éclairantes de Maurice Blanchot dans La part du feu (« L’échec de Baudelaire »). Concernant Baudelaire, la notion d’échec est bien sûr toute relative. Mais Maurice Blanchot commente également le livre pour le moins problématique de Jean-Paul Sartre sur Baudelaire paru deux ans auparavant : « La démonstration de Sartre est très impressionnante et, dans l’ensemble, fort équitable. Il est donc vrai, Baudelaire a eu la vie qu’il méritait, vie sordide dans son raffinement, conformiste dans ses révoltes, mensongère dans la franchise qui la soulève, vie truquée et manquée ; tous ces jugements appellent peu de réserves. Mais si on les accepte, comme on le doit, il faut en accepter un autre, que Sartre néglige : c’est que Baudelaire a aussi mérité Les Fleurs du Mal, c’est que cette vie, responsable de son guignon, est responsable de cette chance insigne, l’une des plus grandes du siècle. » (Maurice Blanchot, La part du feu, 1949)
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| Henri de Toulouse-Lautrec, La Toilette (1896) |
Silence oubli néant
Ce qui nous attend
N’est guère excitant
L’ironie est un réflexe
Un mouvement de recul
Qui disqualifie par avance
Toute tentative d’expérience
Stupide intelligence
Qui rime avec prudence
Nous pourrons nous en vouloir
De n’avoir jamais rien osé
La vérité d’un être est plus à l’os
Continuons de forer
Car peut-être faut-il soi-même s’opérer
Pour acquérir la connaissance
Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot.
La chanson de Leonard Cohen est inspirée d’un poème de Federico Garcia Lorca : Pequeño vals Vienés.
Pour écouter la chanson :
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| Exposition au Divanoo |
« La poésie se fait dans un lit comme l’amour »
André Breton
Je suis las de cette poésie d’instituteurs
Sévères, si sévères !
Leurs leçons sont dépourvues de charme,
Ne provoquent ni rires, ni larmes :
C’est à croire qu’ils n’ont pas appris la couleur !
Vite, vite servez-moi un verre !
Mais le plus ennuyeux est encore à venir –
Par avance, j’en crève !
Ces honnêtes travailleurs ont le sourcilleux désir
De théoriser leur grisaille et leur fatras :
La poésie doit être ceci, la poésie doit être cela…
Oh, long sommeil sans rêves !
Me sourit un matin heureux sans maux de tête
Sévères, si sévères !
J’ai oublié les noms de ces fichus poètes…
Je songe au corps adoré d’une femme,
À la place que j’aimerais prendre en son âme
Par un beau printemps vif et vert !
Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot.
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| Dessin de Valentine |
Sang murs gris hôpital
Tout ce gaz lacrymal
Projeté à la face
Du désir de la foule
Des orages de coups
Achèvent le travail
Cris douleurs œil perdu
Jusqu’aux mains
arrachées
Silence murs prisons
La rue s’est tue et l’État
A remis rudement
Le désir à sa place
Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot