mercredi 12 mai 2021

Le mai le joli mai (Guillaume Apollinaire, pour Audrey)

Guillaume Apollinaire

 

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
Des dames regardaient du haut de la montagne
Vous êtes si jolies mais la barque s’éloigne
Qui donc a fait pleurer les saules riverains
 
Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que je t’ai tant aimée
Les pétales flétris sont comme ses paupières
 
Sur le chemin du bord du fleuve lentement
Un ours un singe un chien menés par des tziganes
Suivaient une roulotte traînée par un âne
Tandis que s’éloignait dans les vignes rhénanes
Sur un fifre lointain un air de régiment
 
Le mai le joli mai a paré les ruines
De lierre de vigne vierge et de rosiers
Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes

vendredi 7 mai 2021

Quelque part ils ont tué le peuple (poème de Gérard Lemaire)


 

                                              Pour Marie-Josèphe Lemaire,
 

Ils ont tué le peuple
Quelque part ils ont tué le peuple
Sans sommation par principe et habitude
Ils ont fusillé le peuple dans le dos
En plein centre du dos et sans raison
Le peuple n’était qu’une montagne magique
Il vivait comme à peine une invention sans
arrêt menacée
Le peuple n’a jamais dû vivre au fond
C’est une idée
C’est forcément virtuel
Le peuple c’est un gisant en haillons
C’est une statue décriée qui ne sort qu’en
pleine nuit
Il existe parfois dans une chanson qui risque
des sanglots
Il est muet comme moi
Il reste en retrait si bien qu’il ne peut
même pas esquisser un pas
Un vrai pas
Nulle part
Je suis la trace d’une voix toujours effacée de son
sacrifice obligatoire
Je suis son souvenir abattu par tous les
fusils aux aguets
Le peuple sait tuer ses enfants quand il a peur
Quand vient la guerre qui emporte jusqu’à
ses cendres
 
 

    Poème extrait de « Gérard Lemaire - Un poète à hauteur d’homme », biographie et anthologie de Robert Roman, Le Contentieux, mai 2019.

jeudi 6 mai 2021

Gérard Lemaire, Un poète à hauteur d'homme


Revenir au réel


 

Le poème appartient au recueil autoédité Les Fontaines jaillissantes (avril 2021). 48 pages. 29 poèmes (plus un en quatrième de couverture). Mise en page : René Guisquet. 12 euros. Frais de port offerts. N’hésitez pas à me contacter ! Frédéric Perrot.

Adresse mail : perrotfrederic@live.fr

samedi 1 mai 2021

George Orwell, Hommage à la Catalogne


 

J’achève en ce premier mai ma lecture du beau livre de George Orwell, Hommage à la Catalogne.
 
Quatrième de couverture :
La guerre d’Espagne à laquelle Orwell participa en 1937 marque un point décisif de la trajectoire du grand écrivain anglais. Engagé dans les milices du Parti Ouvrier d’Unification Marxiste (POUM), le futur auteur de 1984 connaît la Catalogne au moment où le souffle révolutionnaire abolit toutes les barrières de classe. La mise hors la loi du POUM par les communistes lui fait prendre en horreur le « jeu politique » des méthodes staliniennes qui exigeait le sacrifice de l’honneur au souci de l’efficacité. Son témoignage au travers de pages parfois lyriques et toujours bouleversantes a l’accent même de la vérité. À la fois reportage et réflexion, ce livre reste, aujourd’hui comme hier, un véritable bréviaire de liberté.
 
Traduit de l’anglais par Yvonne Davet.

jeudi 29 avril 2021

La poésie est notre avenir (extrait du texte de Yannick Haenel, Charlie Hebdo)


 

Je viens d’arriver au bout des deux tomes de Crime et châtiment, de Dostoïevski, dans la traduction d’André Markowicz (953 pages, en tout), et figurez-vous que dans les dernières pages m’attendait une surprise. Raskolnikov est au bagne (car il est bel et bien châtié pour son crime, comme le spoiler intégral qui lui tient lieu de titre le laisse entendre) ; et là, il fait un rêve : « Malade, il avait rêvé que le monde entier était condamné à subir une sorte de plaie d’Egypte, terrible, inouïe, jamais vue, qui venait du fin fond de l’Asie jusqu’en Europe […] On vit paraître des êtres microscopiques qui pénétraient dans le corps des gens  […] Des bourgades entières, des villes, des nations se faisaient contaminer et devenaient folles. »

Raskolnikov comme prophète du Covid : avouez que la littérature est surprenante. Et que l’esprit souffle où il veut, par-delà bien et mal. Alors, puisque le savoir poétique est infini, je m’entête à lire. Vais-je trouver la vérité ? J’évolue en tout cas parmi des étincelles, et il me plaît de vous en transmettre la joie.


 

La suite du texte de Yannick Haenel, où il évoque sa découverte de la poétesse américaine Louise Glück, prix Nobel de littérature en 2020, est à lire dans le numéro de cette semaine de Charlie Hebdo.