Le cinquième album des Fontaines D.C., Dopamine Chamber, est sorti le vendredi 16 octobre 2026.
Pour écouter le duo avec Rosalia, « Where is gone ? » :
Le cinquième album des Fontaines D.C., Dopamine Chamber, est sorti le vendredi 16 octobre 2026.
Pour écouter le duo avec Rosalia, « Where is gone ? » :
Paralysie volontaire – « Ce n’est pas paresse de ma part, c’est une décision que j’ai longuement mûrie, avec cette espèce d’énergie qui est propre aux esclaves, je commence par une citation, au cas où, cela donne une certaine assise, et cela non plus n’est pas paresse de ma part, je ne cherche pas à faire de l’épate-bourgeois ou de l’ironie, c’est une décision que j’ai longuement mûrie, si longuement mûrie que je peux désormais la formuler en des termes qui ne seront pas sujets à caution, en des termes que je dirais même explicites et sans ambiguïtés, abandonnant à l’occasion mon habituel brouillard pour la netteté de l’expression, ce qui me semble régler une fois pour toutes l’hypothèse d’une éventuelle paresse de ma part, netteté de l’expression, clarté du discours, voilà de sages résolutions, se faire comprendre est toujours un mérite pour celui qui écrit, ce n’est pas moi qui le dis vous imaginez bien, il ne s’agirait pas d’abuser des citations, si cela donne une certaine solidité à un ensemble pour le reste friable, il ne s’agirait pas d’en abuser, cela pourrait lasser la patience du lecteur et le laisser imaginer qu’on se paie sa tête, qu’on le prend de haut, qu’on fait le malin et de l’épate-bourgeois, ou pire encore de l’ironie, or ce n’est pas du tout le cas, je ne prends personne de haut, les bourgeois m’indiffèrent trop pour vouloir les épater et j’essaie de ne plus céder au démon de l’ironie, ah démon ! c’est vite dit, une image d’un goût douteux, qui sent trop ses ténèbres, il faut se méfier de son propre obscurantisme, atavique, personnel, du brouillard qui sans cesse revient sans qu’on s’en rende compte, clarté du discours, netteté de l’expression, il ne s’agirait pas d’oublier ses sages résolutions aussitôt que formulées, se faire comprendre est toujours un mérite, et si je me répète, si je me répète même terriblement, cela semble inévitable, puisqu’après mûre réflexion, j’ai choisi la paralysie volontaire et une ribambelle de mots muets, l’armure amère, sans larmes me taire, murmure amer me terre, mine, rai de lumière, enfoui, enfoui, enfoui… »
13 octobre 2026
Frédéric Perrot
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L’énergie des esclaves est le titre d’un recueil de poèmes de Leonard Cohen (1974)
« … et se faire comprendre est toujours un mérite, pour celui qui écrit. » (Guy Debord, Panégyrique)
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| René Char |
Les mêmes coups qui l’envoyaient au sol le lançaient en même temps loin devant sa vie, vers les futures années où, quand il saignerait, ce ne serait plus à cause de l’iniquité d’un seul. Tel l’arbuste que réconfortent ses racines et qui presse ses rameaux meurtris contre son fût résistant, il descendait ensuite à reculons dans le mutisme de ce savoir et dans son innocence. Enfin il s’échappait, s’enfuyait et devenait souverainement heureux. Il atteignait la prairie et la barrière des roseaux dont il cajolait la vase et percevait le sec frémissement. Il semblait que ce que la terre avait produit de plus noble et de plus persévérant, l’avait, en compensation, adopté.
Il recommencerait ainsi jusqu’au moment où, la nécessité de rompre disparue, il se tiendrait droit et attentif parmi les hommes, à la fois plus vulnérable et plus fort.
René Char, Les Matinaux (1947-1949)
Éditions Gallimard, 1950
Las si las
De la laideur des images
De la bêtise des discours
Des interventions en temps réel du premier crétin venu sur son réseau social
Du rire imbécile de l’animateur chargé à la coke
Du clinquant des lumières des musiques
Du n’importe quoi
Du n’importe quoi
Las si las
De la laideur des images
De la bêtise des discours
Des philosophes d’opérette qui jouent aux grands sages
Des authentiques salauds qui portent leur haine sur leur gueule
comme une étiquette
Des demi-penseurs qui arguent d’un vague diplôme pour exprimer
vingt-quatre heures sur vingt-quatre !
leur mépris de classe
De la vulgarité publicitaire
Du bavardage infini
Des commentaires de commentaires
Du n’importe quoi
Du n’importe quoi
Las si las
De l’horreur des images
De l’ignominie des discours
Du cœur pourri des hommes ces singes mal dégrossis
Des assassins qui ont toujours au moins une bonne raison de tuer
Des amis de la mort qui veulent planter partout leur drapeau de ténèbres
Las si las
D’être un témoin impuissant
De la sauvagerie
De la bestialité
De l’oubli des principes
De la souffrance des innocents
Las si las
Des minutes de silence
De la compassion qui ne coûte rien
Des hymnes des larmes
Des dessins des bougies
Des bouquets des fleurs
Mais veille, veille encore !
Dans la mesure de tes faibles forces
À ce que ta fatigue ta lassitude
Ne deviennent pas
Désespoir passif
Dégoût définitif
Octobre 2023
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Le poème a été écrit en octobre 2023, suite à l’assassinat en France d’un second professeur, Dominique Bernard, et à l’attaque terroriste du Hamas le 7 octobre. Comme on sait ce qu’a été la réponse, la riposte du gouvernement israélien depuis, lassitude semble un mot bien faible…
Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot.
« Je les entends, un soulagement ! Un bien-être m’envahit, je me sens si bien à cet instant, le plus souvent je ne fais pas attention. Mais ce jour-là, elles me sont tombées dessus, les cloches sonnent dans mes oreilles, je ne sais pas où est l’église ou la cathédrale mais la musique d’une église invisible me caresse les oreilles, c’est une belle musique si familière, elle me rend fort et détendu, mon corps respire plus fort, prend de la force et se détend, les cloches sonnent, un opéra pour moi, un véritable opéra flamboyant, une sonorisation si familière qu’elle représente pour moi une sirène qui me ramène dans les terres que j’ai aimées, parce que ce monde d’aujourd’hui n’est plus le mien, j’en ai déjà parlé, je me répète mais je le sens, jusqu’à mon corps profond, un homme étranger avec un corps différent, des vêtements différents, une gestuelle différente, un être d’un autre monde. Les cloches, le temps d’un instant, me ramènent sur ces terres, les miennes, celles de ma France où j’étais à ma place, oui, j’avais une place pour moi, sur ces terres d’hier. Aujourd’hui je suis devenu un invisible, un incompris, un indésirable si souvent, rien n’y fait, ce monde-là n’est pas le mien, c’est devenu une évidence, j’ai mis du temps pour le comprendre, je vous assure, oui, il m’a fallu du temps pour ouvrir les yeux devant une lucidité qui était, en fait, là, depuis un long moment, un regard qui s’est aiguisé progressivement. »
Pierre Louis Aouston, La confrérie des en-dehors
Éditions Astérion, 2026
Luz – Despentes, Vernon Subutex, Première partie (Éditions Albin Michel, 2020)
Luz, Un diamant dans les gravats (Éditions Stock, 2026)