vendredi 17 avril 2026

Laura Vazquez, L'Idiote du village

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Par l’autrice la plus passionnante de sa génération, un essai de poétique lumineux. L’Idiote du village s’impose par la fragilité, l’innocence et la force d’un regard qui refuse la norme. Une langue libre et radicale, un geste littéraire rare, à la fois intime et visionnaire.

Laura Vazquez conduit le lecteur depuis les lieux et souvenirs fondateurs de son enfance – ­Villeneuve-la-rivière où vivait un garçon trisomique et Le Soler où vivait « La folle » –, dans les replis de la création littéraire. L’autrice travaille un matériau intime et s’interroge sur comment « le texte se met à écrire », comment dans la langue quelque chose advient qui se nomme littérature. Elle produit un essai versifié qui explore le réel et l’intime, l’écriture et la lecture, le rythme et la forme, les œuvres et le monde ; un court traité (de) poétique peuplé de livres, d’images et de figures d’écrivains, où l’on retrouve sa langue, son souffle et son rythme si singuliers.

lundi 13 avril 2026

Nous ne laisserons pas la tristesse nous submerger, Dans les marges du temps (pour Valentine)

Exposition au Divanoo

                        Pour Valentine,

 

Si tu veux être un esprit libre,

Garde-toi de te pencher

Sur les remugles du passé.

Disperse la paille de tes fictions,

 

Et convaincs-toi que jamais 

Ta vie ne fut si malheureuse

Qu’une mémoire fallacieuse

Te le laisse croire !

 

Puis déchire la toile en trompe-l’œil

Des désirs sans lendemain,

Des espoirs déçus,

Des souvenirs paralysants.

 

Si tu veux être un esprit libre –

Même pour un court instant ! –

Oublie ta peur, rejette l’angoisse

Comme un papier qu’on froisse,

 

Et même plongé dans les ténèbres, 

Somnambule et trébuchant,

Reste fidèle à la lumière :

Vois ! rien n’égale la beauté du jour qui point

  

Le poème appartient à mon recueil, Dans Les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot   

Olivier Mannoni, Traduire Hitler suivi de Coulée brune (Comment le fascisme inonde notre langue)

 

 
Présentation de l’éditeur :
 
Ce livre rassemble deux essais liés par un même constat : la langue est la charpente du fascisme.
Dans Traduire Hitler, Olivier Mannoni revient sur sa traduction de Mein Kampf. Outre les tempêtes suscitées par la parution d’Historiciser le mal, il raconte ici la lutte au corps à corps avec une prose lourde et pernicieuse. Car pour conserver la mémoire des mots qui ont rendu possible l’indicible, ce texte devait demeurer ce qu’il est : la grammaire de l’horreur.
Face à une actualité où les démons semblent renaître, Coulée brune tire les conséquences de ce travail pour nous alerter sur le pouvoir du discours tronqué, trompeur et d’autant plus efficace qu’il est simpliste. Le venin du fascisme infecte la langue depuis plus longtemps qu’on ne le pense… À quand cela remonte-t-il ? Au second tour de 2002 ? À la crise des Gilets jaunes ? À celle du COVID-19 ?
S’aventurant jusque dans les entrailles de notre histoire européenne, ce livre d’une lucidité redoutable met à nu les menaces linguistiques qui pèsent sur nos démocraties.

Champs - Champs essais (Paru le 11/03/2026)

samedi 11 avril 2026

L'exigence de clarté, hommage à Primo Levi, Dans les marges du temps

                            Nous avons peigné la chevelure des comètes,
                            Déchiffré les secrets de la genèse,
                            Foulé les sables de la lune,
                            Construit Auschwitz, détruit Hiroshima.
                            Tu vois : nous ne sommes point demeurés inactifs.
                                                                           Primo Levi (Procuration)
        
 
Il a écrit pour comprendre et être compris
 
Sa formation d
homme de science
L’a conduit à combattre avec mépris
Le brouillard des consciences
Que les malheurs du siècle
Ont obscurcies
 
Il a écrit pour comprendre et être compris
Et quitte à être démodé
Considéré avec dédain
Il a comme critère esthétique absolu
Exigé la clarté
 
Lincommunicabilité
Dont à son époque
Lavant-garde artistique
A fait une mode frivole
Lui semblait un mot hideux
 
Désagréable à loreille
Non moins que dans l’idée
Lui qui l’avait connue et combien
L’incommunicabilité
Réelle…
 
Il a écrit pour comprendre et être compris
Comprendre l
Allemagne et les Allemands
 
Poids des années sa conscience sest obscurcie
Lont usé et désespéré son devoir de témoin
Et comme une insulte
À la mémoire des millions d’engloutis
Toutes les infâmes négations…
 
Il a toutefois écrit un jour
Quun suicide peut avoir mille raisons
Et lhonnête homme par excellence
De ce siècle vaurien
Sest tué un onze avril au matin

 

    Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot

dimanche 5 avril 2026

Loin des esprits amers


Loin des esprits amers

Dont les flottilles

Toujours vous encerclent

Pour vous rabattre

Dans la zone de chasse

Où l’on pourra faire

Crever l’animal

Dans des gerbes d’eau

Mêlée d’or noir et de sang

 

Image dramatique

Naufrage anticipé

 

Si vous voulez savoir

Où je veux être et vivre

Je vous dirais

Peu importe n’importe où

Mais loin hors de portée

De tous ces esprits amers

Aux haines tenaces

Loin du terrible ressentiment

Partout aux affaires

 

Loin si loin

De la bêtise et de la rage

 

 

Frédéric Perrot

L'inoffensif, René Char

 



Je pleure quand le soleil se couche parce qu’il te dérobe à ma vue et parce que je ne sais pas m’accorder avec ses rivaux nocturnes. Bien qu’il soit au bas et maintenant sans fièvre, impossible d’aller contre son déclin, de suspendre son effeuillaison, d’arracher quelque envie encore à sa lueur moribonde. Son départ te fond dans son obscurité comme le limon du lit se délaye dans l’eau du torrent par-delà l’éboulis des berges détruites. Dureté et mollesse au ressort différent ont alors des effets semblables. Je cesse de recevoir l’hymne de ta parole ; soudain tu n’apparais plus entière à mon côté ; ce n’est pas le fuseau nerveux de ton poignet que tient ma main mais la branche creuse d’un quelconque arbre mort et déjà débité. On ne met plus un nom à rien, qu’au frisson. Il fait nuit. Les artifices qui s’allument me trouvent aveugle.

Je n’ai pleuré en vérité qu’une seule fois. Le soleil en disparaissant avait coupé ton visage. Ta tête avait roulé dans la fosse du ciel et je ne croyais plus au lendemain.

Lequel est l’homme du matin et lequel celui des ténèbres ?