![]() |
| Combat ! (hors-série, février 2026) |
Dans ce nouveau recueil, Sombres Vers Blancs, Marie-Anne Bruch évoque une fois encore sa difficulté à être au monde et un mal plus général, qui à n’en pas douter, est celui de notre triste temps : la détresse psychique. Les titres et sous-titres de certains poèmes sont à cet égard significatifs (Complainte de la folle, Souvenirs de dépression, Souvenirs d’asile). Cependant, malgré la noirceur du propos d’ensemble, ces Sombres vers blancs ne sont jamais, si je puis dire, plombants. Les vingt-quatre poèmes qui composent le recueil sont en effet portés par une bien curieuse énergie : Denis Hamel, qui signe la préface, parle à juste titre de « la vitalité de l’expression ». Le mélange des registres dans une forme apparemment classique (des quatrains pour l’essentiel), les rimes intérieures, les jeux de mots à la Desnos ou à la Bashung, permettent à Marie-Anne Bruch d’échapper au marasme, par l’humour et une pointe d’autodérision, cette délicatesse des désespérés : « Et plus je me cabosse et mieux je me ressemble ».
Marie-Anne Bruch, Sombres Vers Blancs, Éditions du Petit Pavé
Pour mémoire : « Mais Hermès ne trouva pas à l’intérieur de la grotte Ulysse au grand cœur. Assis sur le rivage, et toujours au même point, il pleurait, son cœur se brisait en larmes, gémissements et chagrins. Et sur la mer inlassable il fixait ses regards en répandant des pleurs. » (Homère, L’Odyssée, Chant V). Frédéric Perrot
Présentation de l'éditeur :
Par l’autrice la plus passionnante de sa génération, un essai de poétique lumineux. L’Idiote du village s’impose par la fragilité, l’innocence et la force d’un regard qui refuse la norme. Une langue libre et radicale, un geste littéraire rare, à la fois intime et visionnaire.
Laura Vazquez conduit le lecteur depuis les lieux et souvenirs fondateurs de son enfance – Villeneuve-la-rivière où vivait un garçon trisomique et Le Soler où vivait « La folle » –, dans les replis de la création littéraire. L’autrice travaille un matériau intime et s’interroge sur comment « le texte se met à écrire », comment dans la langue quelque chose advient qui se nomme littérature. Elle produit un essai versifié qui explore le réel et l’intime, l’écriture et la lecture, le rythme et la forme, les œuvres et le monde ; un court traité (de) poétique peuplé de livres, d’images et de figures d’écrivains, où l’on retrouve sa langue, son souffle et son rythme si singuliers.
![]() |
| Exposition au Divanoo |
Pour Valentine,
Si tu veux être un esprit libre,
Garde-toi de te pencher
Sur les remugles du passé.
Disperse la paille de tes fictions,
Et convaincs-toi que jamais
Ta vie ne fut si malheureuse
Qu’une mémoire fallacieuse
Te le laisse croire !
Puis déchire la toile en trompe-l’œil
Des désirs sans lendemain,
Des espoirs déçus,
Des souvenirs paralysants.
Si tu veux être un esprit libre –
Même pour un court instant ! –
Oublie ta peur, rejette l’angoisse
Comme un papier qu’on froisse,
Et même plongé dans les ténèbres,
Somnambule et trébuchant,
Reste fidèle à la lumière :
Vois ! rien n’égale la beauté du jour qui point
Le poème appartient à mon recueil, Dans Les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot