le bel de mai
dimanche 11 octobre 2026
vendredi 9 octobre 2026
Une si grande lassitude, Dans les marges du temps
Las si las
De la laideur des images
De la bêtise des discours
Des interventions en temps réel du premier crétin venu sur son réseau social
Du rire imbécile de l’animateur chargé à la coke
Du clinquant des lumières des musiques
Du n’importe quoi
Du n’importe quoi
Las si las
De la laideur des images
De la bêtise des discours
Des philosophes d’opérette qui jouent aux grands sages
Des authentiques salauds qui portent leur haine sur leur gueule
comme une étiquette
Des demi-penseurs qui arguent d’un vague diplôme pour exprimer
vingt-quatre heures sur vingt-quatre !
leur mépris de classe
De la vulgarité publicitaire
Du bavardage infini
Des commentaires de commentaires
Du n’importe quoi
Du n’importe quoi
Las si las
De l’horreur des images
De l’ignominie des discours
Du cœur pourri des hommes ces singes mal dégrossis
Des assassins qui ont toujours au moins une bonne raison de tuer
Des amis de la mort qui veulent planter partout leur drapeau de ténèbres
Las si las
D’être un témoin impuissant
De la sauvagerie
De la bestialité
De l’oubli des principes
De la souffrance des innocents
Las si las
Des minutes de silence
De la compassion qui ne coûte rien
Des hymnes des larmes
Des dessins des bougies
Des bouquets des fleurs
Mais veille, veille encore !
Dans la mesure de tes faibles forces
À ce que ta fatigue ta lassitude
Ne deviennent pas
Désespoir passif
Dégoût définitif
Octobre 2023
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Le poème a été écrit en octobre 2023, suite à l’assassinat en France d’un second professeur, Dominique Bernard, et à l’attaque terroriste du Hamas le 7 octobre. Comme on sait ce qu’a été la réponse, la riposte du gouvernement israélien depuis, lassitude semble un mot bien faible…
Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot.
mercredi 7 octobre 2026
Pierre Louis Aouston, La confrérie des en-dehors (extrait)
« Je les entends, un soulagement ! Un bien-être m’envahit, je me sens si bien à cet instant, le plus souvent je ne fais pas attention. Mais ce jour-là, elles me sont tombées dessus, les cloches sonnent dans mes oreilles, je ne sais pas où est l’église ou la cathédrale mais la musique d’une église invisible me caresse les oreilles, c’est une belle musique si familière, elle me rend fort et détendu, mon corps respire plus fort, prend de la force et se détend, les cloches sonnent, un opéra pour moi, un véritable opéra flamboyant, une sonorisation si familière qu’elle représente pour moi une sirène qui me ramène dans les terres que j’ai aimées, parce que ce monde d’aujourd’hui n’est plus le mien, j’en ai déjà parlé, je me répète mais je le sens, jusqu’à mon corps profond, un homme étranger avec un corps différent, des vêtements différents, une gestuelle différente, un être d’un autre monde. Les cloches, le temps d’un instant, me ramènent sur ces terres, les miennes, celles de ma France où j’étais à ma place, oui, j’avais une place pour moi, sur ces terres d’hier. Aujourd’hui je suis devenu un invisible, un incompris, un indésirable si souvent, rien n’y fait, ce monde-là n’est pas le mien, c’est devenu une évidence, j’ai mis du temps pour le comprendre, je vous assure, oui, il m’a fallu du temps pour ouvrir les yeux devant une lucidité qui était, en fait, là, depuis un long moment, un regard qui s’est aiguisé progressivement. »
Pierre Louis Aouston, La confrérie des en-dehors
Éditions Astérion, 2026
lundi 5 octobre 2026
Un automne avec Luz (pour René)
Luz – Despentes, Vernon Subutex, Première partie (Éditions Albin Michel, 2020)
Luz, Un diamant dans les gravats (Éditions Stock, 2026)
vendredi 2 octobre 2026
Pulp, David's last Summer
Pour David H,
« David's last Summer », qui se prête à au moins deux interprétations, un récit sur la fin de l’insouciance, le morceau commençant comme de la joyeuse disco, et quelque chose de plus sombre, de plus tourmenté, de plus tragique – la chanson est-elle l’histoire de la mort de David ? – est le dernier morceau de l’album His‘n’Hers (1994)
Pour écouter David’s last Summer :
László Krasznahorkai, Le Dernier Loup (pour Ana)
Quatrième de couverture
Lorsqu’il reçoit, de la part d’une énigmatique fondation, une invitation à se rendre en Estrémadure afin d’écrire sur cette région en plein essor, l’ancien professeur de philosophie est persuadé qu’il s’agit d’une erreur. Pourquoi s’adresserait-on à lui, qui a renoncé à la pensée et à l’enseignement depuis des années ? Qui plus est pour aller dans cette région reculée d’Espagne ? C’est pourtant le récit de ce voyage (qu’il a donc effectué) et de l’enquête autour du dernier loup dans laquelle il s’est trouvé plongé, qu’il relate dans un bar berlinois…
Le Dernier Loup est certainement la première novella où Krasznahorkai déploie une phrase unique sur un si grand nombre de pages. Au-delà de l’impressionnante prouesse stylistique, cette phrase tout en circularités temporelles sert une réflexion subtile sur les liens entre l’homme et la nature, opérant dans le même temps une véritable entreprise d’envoûtement du lecteur qui se retrouve happé par ce récit, ne pouvant s’en extraire qu’au point final.
László Krasznahorkai, Le Dernier Loup
Traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly
Passion minoritaire (ou L'histoire de Juliette)
Juliette n’aimait pas le pas traînant de son père
Sa manière précautionneuse de monter les escaliers
Comme s’il craignait de réveiller
Sa mère qui le plus souvent gisait dans le divan
Assommée qu’elle était par ses mélanges
Alcool et médicaments – Bravo maman !
Juliette n’aimait pas le pas traînant de son père
Et son moment d’hésitation devant la porte de sa chambre
Dont il avait confisqué la clé
Comme il avait confisqué toutes celles de la maison
Jusqu’à celle de la salle de bains et celle des toilettes
Son père était maître en son royaume et l’homme aux clés !
Juliette n’aimait pas sa façon d’entrer dans sa chambre
Si doucement comme s’il était vraiment inquiet
Du sommeil de sa fille qu’il venait perturber
Car le plus souvent Juliette faisait semblant de dormir
Tandis qu’elle l’entendait s’approcher
Juliette faisait semblant de dormir
Et quand il s’allongeait à côté d’elle
Le caleçon déjà sur les chevilles
Elle avait l’impression de tomber en elle-même
Tomber interminablement et d’être emmurée vive
Comme ces prisonniers qu’on jetait aux oubliettes
Son père ce salaud se plaignait parfois qu’elle fût si inerte
Il l’aimait tant, il était fou d’elle !
Juliette ne se souvenait pas de la première fois
Peut-être était-ce le jour de l’éclipse totale
Puisqu’elle se souvenait de la paire de lunettes
Qui traînait parmi ses poupées au pied du lit
Mais cela s’était répété
Comme toujours le mal se répète
Son père toute douceur oubliée lui écartait les jambes
Et Juliette faisait semblant de dormir
Elle tombait elle tombait en elle-même
Son père bougeait s’agitait et lui faisait mal
C’était la douleur qui la forçait à ouvrir les yeux et à voir
Son père au-dessus d’elle les cheveux collés par la sueur
Misérable salaud qui s’abattait sur elle
En murmurant enamouré
Tu es ma passion minoritaire
Tu es ma passion minoritaire
C’était sa phrase, sa formule
Celle qu’il répétait
Comme une machine délirante
Un chanteur qui répète les mêmes mots ineptes
Pour vous les imprimer dans la tête
Où le vieux dégueulasse était-il allé chercher pareille connerie ?
Plus tard Juliette avait découvert
Que ce que son père nommait sa passion minoritaire
Était tout au contraire un phénomène massif
Un problème de société, sic
Le pire des crimes, en tous lieux et de tout temps…
Son père était cinglé de toute façon
Un homme tout en principes, habitudes et rituels
Il suffisait de penser à sa manière de s’assoir
À dix-neuf heures précises à table pour le dîner
Et de le voir s’impatienter et s’énerver
Si Juliette et sa mère tardaient à le servir
Combien étaient horribles ces repas du soir !
Car il fallait manger, manger, manger et finir son assiette !
Juliette livide souvent plus tard se faisait vomir…
Juliette était fille unique
Unique dans tous les sens du terme, disait son père
En prenant des airs ravis et malins
Une merveille, une pure merveille
Et parfois elle rêvait qu’elle avait un frère
Un frère grand et fort qui la défendrait
Et mettrait à son père la dérouillée qu’il méritait
Puis elle se mordillait les lèvres
Comme pour se rappeler à la réalité
Pouvait-on faire confiance aux hommes, aux mâles, aux garçons ?
N’étaient-ils pas tous pareils sans doute au fond ?
Juliette se disait parfois qu’il aurait fallu
Au moment où il se trouvait devant la porte
Le prendre par surprise l’ouvrir brusquement
Et le pousser de toutes ses forces
Pour qu’il tombe en arrière et dévale les escaliers
Mais une telle chute serait-elle mortelle ?
Ce n’était hélas pas sûr…
Plus tard Juliette avait lu l’histoire
De Violette Nozière
La belle jeune fille vêtue de noir
Défendue par des poètes
Dont elle découvrait les noms
André Breton Louis Aragon
Elle, Violette, elle avait tué son père incestueux
Et elle avait eu cent fois raison…
Pour le moment Juliette était trop triste et apeurée
Car son père ne prenait jamais trop de précautions
Quand elle y pensait, elle croyait devenir folle
Et elle vivait dans l’angoisse d’un désastre irréparable
Cela dura des années sa mère mourut et contre toute attente son père se lassa
Juliette n’était pas assez passionnée à son goût et plus aussi excitante
Il la forçait seulement de temps à autre à le prendre dans sa bouche
Parce qu’il était un homme de principes, d’habitudes et de rituels…
Un jour, ayant rassemblé quelques affaires, Juliette quitta la maison
Elle vécut un moment chez une fille du lycée qui était amoureuse d’elle
Puis chez une autre, puis chez une autre encore
Bougeant sans cesse, de petits boulots en petits boulots
Son père ne chercha jamais à la retrouver
Il est mort l’année dernière
Paisiblement, dans son sommeil
Juliette n’est pas allée à son enterrement
Frédéric Perrot
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Le pire des crimes est un livre de Michèle Pedinielli (Éditions La Manufacture de livres, novembre 2025)
Sur Violette Nozière – Jérôme Leroy, Violette Nozière, icône et criminelle (Éditions de l’Aube, juin 2026)





