le bel de mai
mardi 2 juin 2026
Confession d'un mécontent, Dans les marges du temps
jeudi 28 mai 2026
Dans les sous-sols
« Nous vivons dans les sous-sols de la Tour de Babel. Nous ne connaissons pas d’autre lumière que celle de nos frontales, grâce auxquelles nous nous déplaçons sans nous heurter. Tous nos mouvements cependant sont furtifs, rapides, empêchés : dans ces sous-sols sordides règne la promiscuité, nous sommes si nombreux, innombrables et chacun lutte férocement pour sa minuscule place. La circulation générale se trouve encore compliquée par le fait que beaucoup ont depuis longtemps choisi l’immobilité et se dressent en travers de votre chemin comme des statues hagardes. Cela peut donner lieu à des rixes, à de violentes mises à terre, mais de tels incidents restent rares, tant par tradition, brumeuse superstition, un certain respect entoure la secte des immobiles et leur invincible renoncement. — Mais pour le plus grand nombre d’entre nous, nous ne voulons pas renoncer et nous continuons de nous déplacer, malgré la presse, l’empêchement, les défaillances de nos lumières et un sentiment global d’inutilité. Toujours le mouvement même dans ces conditions nous semblera préférable. La malédiction telle qu’elle est racontée est tombée jusqu’à nous : horrible moment ! Ce fut comme un vent brûlant tournoyant entre nous, une tempête de feu qui nous laissa stupéfaits, sema la mort et la folie. — Et depuis, aucun d’entre nous ne peut espérer se faire comprendre d’un autre, même d’un seul : cela n’est jamais arrivé, ne s’est jamais produit et nous sommes condamnés à ne jamais nous comprendre et à errer dans l’obscurité. »
Frédéric Perrot
vendredi 22 mai 2026
jeudi 21 mai 2026
Arthur Rimbaud, Ornières, Illuminations
À droite l’aube d’été éveille les feuilles et les vapeurs et les bruits de ce coin du parc, et les talus de gauche tiennent dans leur ombre violette les mille rapides ornières de la route humide. Défilé de féeries. En effet : des chars chargés d’animaux de bois doré, de mâts et de toiles bariolées, au grand galop de vingt chevaux de cirque tachetés, et les enfants, et les hommes sur leurs bêtes les plus étonnantes ; — vingt véhicules, bossés, pavoisés et fleuris comme des carrosses anciens ou de contes, pleins d’enfants attifés pour une pastorale suburbaine. — Même des cercueils sous leur dais de nuit dressant les panaches d’ébène, filant au trot des grandes juments bleues et noires.
Charles Baudelaire, Le gouffre
Pascal avait son gouffre, avec lui se mouvant.
— Hélas ! tout est abîme, — action, désir, rêve,
Parole ! et sur mon poil qui tout droit se relève
Mainte fois de la Peur je sens passer le vent.
En haut, en bas, partout, la profondeur, la grève,
Le silence, l’espace affreux et captivant…
Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant
Dessine un cauchemar multiforme et sans trêve.
J’ai peur du sommeil comme on a peur d’un grand trou,
Tout plein de vague horreur, menant on ne sait où ;
Je ne vois qu’infini par toutes les fenêtres,
Et mon esprit, toujours du vertige hanté,
Jalouse du néant l’insensibilité.
— Ah ! ne jamais sortir des Nombres et des Êtres !
Sur ce poème, lire les pages éclairantes de Maurice Blanchot dans La part du feu (« L’échec de Baudelaire »). Concernant Baudelaire, la notion d’échec est bien sûr toute relative. Mais Maurice Blanchot commente également le livre pour le moins problématique de Jean-Paul Sartre sur Baudelaire paru deux ans auparavant : « La démonstration de Sartre est très impressionnante et, dans l’ensemble, fort équitable. Il est donc vrai, Baudelaire a eu la vie qu’il méritait, vie sordide dans son raffinement, conformiste dans ses révoltes, mensongère dans la franchise qui la soulève, vie truquée et manquée ; tous ces jugements appellent peu de réserves. Mais si on les accepte, comme on le doit, il faut en accepter un autre, que Sartre néglige : c’est que Baudelaire a aussi mérité Les Fleurs du Mal, c’est que cette vie, responsable de son guignon, est responsable de cette chance insigne, l’une des plus grandes du siècle. » (Maurice Blanchot, La part du feu, 1949)
mardi 19 mai 2026
La vérité d'un être est plus à l'os, Dans les marges du temps
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| Henri de Toulouse-Lautrec, La Toilette (1896) |
Silence oubli néant
Ce qui nous attend
N’est guère excitant
L’ironie est un réflexe
Un mouvement de recul
Qui disqualifie par avance
Toute tentative d’expérience
Stupide intelligence
Qui rime avec prudence
Nous pourrons nous en vouloir
De n’avoir jamais rien osé
La vérité d’un être est plus à l’os
Continuons de forer
Car peut-être faut-il soi-même s’opérer
Pour acquérir la connaissance
Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot.
mercredi 13 mai 2026
Leonard Cohen, Take this waltz
La chanson de Leonard Cohen est inspirée d’un poème de Federico Garcia Lorca : Pequeño vals Vienés.
Pour écouter la chanson :




