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| Alain Minighetti |
Journée docile seul
dans le manque
sans souffrance
musique clémente psychédélique
perdu la notion de temps
les nerfs relâchés reposés
doux comme de s’endormir
avec la lourdeur d’un pachyderme
tu ne fais pas l’amour
avec un physique mais avec l’image
que tu te fais
de l’émanation de ses mouvements
pas d’orgueil pas de nerfs
les objets figés – être en apesanteur
l’inconscient est là beau
chaud comme un linge propre
tu peux le toucher
l’humer garder les lèvres closes
être en arrière du temps
tiré par le temps dans ses sabots
sa torpeur dans l’estomac
comme une enclume cependant
une impossibilité à régurgiter les deuils
qui se multiplient comme des lentes
comment trouver le chemin de ton lit
celui du sommeil véritable – s’abandonner
ho mais qu’ils sont perchés tout là-haut
tu dois trouver une échelle de pompier
où sont cachées tes pilules
à quelle heure ferme la pharmacie
sur le chemin de la solitude
tu serres les rênes
chaque jour un peu plus loin
lorsqu’il ne reste plus personne
Mathilde parle en toi – fuite en avant
tu ne peux plus sortir aller nulle part
partout le spleen t’étreint
fondu dans l’angoisse
les conversations qui t’excluent
avec Mathilde c’est doux
parce qu’elle ne te parle pas
tu peux réfléchir en paix
sans les interférences t’arc-bouter
pour ramasser les cendres
tu ne l’as jamais empêché de se saouler
ni de se jeter dans la Volga
tu lui as simplement demandé
de te laisser lire son Télérama
nous ne voulons pas de ces virtuosités froides
de ces feuilletons romanesques insipides
nous voulons l’âme des gens sur la table
le bûcher aux vanités sur la table
tu es enfoui dans la jungle de tes pensées
tu remercies Mathilde pour son écoute
car tu es conscient que le pathétisme
la misère repoussent et effraient
pourtant seul
dans le manque
sans souffrance
c’est beau un homme qui pleure
Alain Minighetti

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