Pour écouter Never let me down again :
mercredi 15 mars 2023
mardi 14 mars 2023
Soleil d'hiver dans le dos douloureux
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| Vittorio Papermade (Alain M) |
Soleil d’hiver dans le dos douloureux
Un
reste de maladie
Rend
ta main tremblante
Peu
assurée et chaque mot
Est
comme dérobé
Au
corps qui fait mal
Ne
sait faire que cela
À l’absence de désir
À l’absence de visions…
Soleil
d’hiver dans le dos douloureux
Même
si ta situation
Morne
figure de dérision
N’invite
pas à l’enthousiasme
Il
te faut t’évertuer pourtant
Puisque
tu n’as que cela
Ces
pauvres mots sans éclat
Si
conformes à leur sens
Et
ta volonté de les assembler
Afin
de témoigner
Que
tu n’es pas seulement
Ce
vieillard gémissant
Perclus
de rhumatismes
Et
de douleurs infectes
Et
que même en état de néant cérébral
L’affreux
bonhomme bouge encore
Dans
l’espoir d’un souffle et d’une étincelle
D’une
promesse d’amour ou d’un rire léger…
Mars
2023 – Frédéric Perrot
dimanche 12 mars 2023
Ossip Mandelstam, deux poèmes
Une tristesse inexprimable
A ouvert deux yeux immenses.
Le vase de fleurs s’éveillant
Nous éclabousse de cristal.
Toute la chambre est imprégnée
De langueur – délicieux remède !
Penser qu’un si petit royaume
A englouti tant de sommeil.
Il n’y a qu’un peu de vin rouge
Et qu’un peu de soleil de mai –
La blancheur des doigts les plus fins
Emiette le mince biscuit.
1909
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Pas de comparaisons : le vivant est incomparable.
Avec quelle tendre épouvante j’ai accepté
L’uniformité des plaines toujours semblable,
Le cercle du ciel devint mon infirmité.
Mais ce fut l’air, l’air-serviteur, que j’invoquai,
J’attendais de lui messages et dévouement,
Puis je me mis en route et naviguai sur l’arc
Des voyages qui n’ont pas de commencement.
J’irai, en vagabond, où me fut donné
Plus de ciel, et la claire angoisse m’accompagne
Sur les coteaux jeunes encore de Voronèje,
Loin de ceux plus humains et plus clairs de Toscane.
18 janvier 1937, Voronèje.
Ossip Mandelstam, Tristia et
autres poèmes
Choisis et traduits du russe par François Kérel.
vendredi 10 mars 2023
Capitulation (un poème de Claro, pour Mathieu)
dans les papiers du père
des
brouillons des pastiches
ni saisons ni châteaux
éloges
du rebut
ne reste qu’une odeur
deux
fois trois hémistiches
de tabac et de peau
pour
dire qu’on a bu
dès matin le dégoût
une
phrase au marteau
chacun se sait noyé
tituber
comme on danse
pas à pas jusqu’au bout
ci-gît
en bas morceaux
du jour à s’ennuyer
le
gras de l’existence
à chaque alexandrin
un
calvaire une croix
père et mère enlisés
qui
je fus à l’envers
dans un rêve purin
il
fallut à l’endroit
un ennui anisé
toujours
le faire taire
enfant la poésie
le
vin ce vieux voisin
giclait du bout des doigts
se
coule dans les veines
mais hors cette autopsie
chiffonnier
assassin
ça racle dans la voix
revivre
dans la laine
Le poème est extrait du
livre de Claro, Animal errant, retour d’abattoir
Editions Flammarion, 2023
mardi 7 mars 2023
Feu ! Chatterton, L'Affiche rouge
Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans
Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants
Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand
Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erevan
Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cœur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant
Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant
L’Affiche rouge d’après une chanson de Léo Ferré.
Poème de Louis Aragon.
Pour écouter l’interprétation de Feu ! Chatterton :
dimanche 5 mars 2023
Quand même, une question d'honneur (texte de Michel Meyer)
Tu
connais la story du type qu’avait rien à dire de spécial mais qui, quand même,
qui, quand même, ne pouvait pas s’empêcher de, quand même, de dire quand même,
alors même qu’il n’avait rien de spécial à dire ni à montrer ni à être mais,
quand même, ne pouvait s’empêcher, et c’est là que ça devient intéressant, ne
pouvait s’empêcher de vouloir, quand même, dire, alors même que tout le monde s’en branlait,
et note bien que lui-même se foutait totalement de ce que les autres puissent
penser, en admettant qu’ils pensent, et qu’ils puissent, et de fait tout le
monde se foutait de tout le monde, et même sans arrière-pensée, à tel point qu’il
avait en réalité complètement oublié ce qu’il voulait dire, mais qu’il le dirait quand
même, c’est une question d’honneur.






