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| Hambourg |
Pour Nicolas, éternel réparateur de vélos !
Pour écouter la chanson de Pink Floyd :
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| Hambourg |
Pour Nicolas, éternel réparateur de vélos !
Pour écouter la chanson de Pink Floyd :
Ce
vignoble appartiendra à la Banque. Seuls les grands propriétaires peuvent
survivre, car ils possèdent en même temps les fabriques de conserves. Et quatre
poires épluchées, coupées en deux, cuites et emboîtées, coûtent toujours quinze
cents. Et les poires en conserve ne se gâtent pas. Elles se garderont
des années.
La
décomposition envahit toute la Californie, et l’odeur douceâtre est un grand
malheur pour le pays. Des hommes capables de réussir des greffes, d’améliorer
les produits, sont incapables de trouver un moyen pour que les affamés puissent
en manger. Les hommes qui ont donné de nouveaux fruits au monde sont incapables
de créer un système grâce auquel ces fruits pourront être mangés. Et cet échec
plane comme une catastrophe sur le pays.
Le
travail de l’homme et de la nature, le produit des ceps, des arbres, doit être
détruit pour que se maintiennent les cours, et c’est là une abomination qui dépasse
toutes les autres. Des chargements d’oranges jetés n’importe où. Les gens
viennent de loin pour en prendre, mais cela ne se peut pas. Pourquoi
achèteraient-ils des oranges à vingt cents la douzaine, s’il leur suffit
de prendre leur voiture et d’aller en ramasser pour rien ? Alors des
hommes armés de lances d’arrosage aspergent de pétrole les tas d’oranges, et
ces hommes sont furieux d’avoir à commettre ce crime et leur colère se tourne
contre les gens qui sont venus pour ramasser les oranges. Un million d’affamés
ont besoin de fruits, et on arrose de pétrole les montagnes dorées.
Et
l’odeur de pourriture envahit la contrée.
On
brûle du café dans les chaudières. On brûle le maïs pour se chauffer – le maïs fait
du bon feu. On jette les pommes de terre à la rivière et on poste des gardes
sur les rives pour interdire aux malheureux de les repêcher. On saigne les cochons
et on les enterre, et la pourriture s’infiltre dans le sol.
Il
y a là un crime si monstrueux qu’il dépasse l’entendement.
Il
y a là une souffrance telle qu’elle ne saurait être symbolisée par les larmes.
Il y a là une faillite si retentissante qu’elle annihile toutes les réussites antérieures.
Un sol fertile, des files interminables d’arbres aux troncs robustes, et des
fruits mûrs. Et les enfants atteints de pellagre doivent mourir parce que
chaque orange doit rapporter un bénéfice. Et les coroners inscrivent sur les
constats de décès : mort due à la sous-nutrition – et tout cela parce que
la nourriture pourrit, parce qu’il faut la forcer à pourrir.
Les
gens s’en viennent armés d’épuisettes pour pêcher les pommes de terre dans la
rivière, et les gardes les repoussent ; ils s’amènent dans leurs vieilles
guimbardes pour tâcher de ramasser quelques oranges, mais on les a arrosées de
pétrole. Alors ils restent plantés là et regardent flotter les pommes de terre
au fil du courant ; ils écoutent les hurlements des porcs qu’on saigne
dans un fossé et qu’on recouvre de chaux vive, regardent les montagnes d’oranges
peu à peu se transformer en bouillie fétide ; et la consternation se lit
dans les regards, et la colère commence à luire dans les yeux de ceux qui ont
faim. Dans l’âme des gens, les raisins de la colère se gonflent et mûrissent,
annonçant les vendanges prochaines.
John
Steinbeck, Les raisins de la colère (extrait du chapitre XXV)
Traduit
de l’anglais par Marcel Duhamel et M. -E. Coindreau.
Thomas Miller, alias Tom Verlaine, chanteur-compositeur
et guitariste du groupe Television, est mort le 28 janvier 2023. Il s’était
choisi ce pseudonyme en référence au grand poète français.
Marquee Moon, sorti le 8 février 1977, est considéré comme l’un des
albums les plus emblématiques de la scène new-yorkaise, si ce n’est de l’histoire
du rock.
Pour écouter le morceau Marquee Moon :
« Tu
aimeras ton prochain comme toi-même… ». Ce serait bien peu l’aimer !
La
haine de soi lui tenait lieu de gymnastique intellectuelle. Tous les matins,
devant sa glace, il commençait par s’adresser quelques vilaines grimaces, avant
de s’insulter vertement. Puis, se composant un visage, il partait à son
travail.
Détester
l’humanité entière est pardonnable, quand on a vingt ans. La misanthropie n’est
plus ensuite qu’un vice de l’âge.
Ce
vieux loup solitaire mène une vie très chaste : il ne couche plus qu’avec
sa douleur…
Ce
sinistre individu n’est qu’un trou noir, qui cherche à vous aspirer dans
sa réalité de cauchemar… Je préfère le poison lent de la solitude à la toxicité
de certains rapports humains.
Dans
mes accès de mégalomanie, je me crois le contemporain de personne !... Puis la voisine vient sonner à ma porte, pour
me demander gentiment, d’une voix lasse, de baisser le son de la musique.
Cet
écrivain était déjà un vieux con à vingt ans… Mystère d’un homme qui n’a
jamais eu de jeunesse. Par la suite, il confirma largement tous les espoirs que
les réactionnaires plaçaient en lui.
Il
est un esprit rapetisseur… Tout ce qu’il touche, il le rend petit et
insignifiant. Telle est son intention. Il souhaite que tout le monde soit aussi
médiocre que lui.
C’est
un homme très occupé : il disperse à tout vent des miettes de son petit
univers…
Il te sera arrivé tout ce que tu auras écrit. Et
comme tu n’as jamais écrit que sur l’échec...
Plus sûrement que tout, nous tuent les imbéciles.
Je
ne veux plus entendre parler de l’amour, ai-je un jour imprudemment écrit… Et
l’étonnant est que la vie m’a pris au mot.
De
jour en jour fatigué, jusqu’à la fatigue finale…
Le désir inconscient de
mourir se manifeste dans la répétition mécanique de gestes accomplis sans plus
y croire…
Je
ne suis pas désolé pour… Je n’écrirai jamais le moindre mea culpa. Le
tribunal intérieur a déjà rendu sa sentence.
Maintenir
intact le scandale de la mort. Ne pas l’escamoter…
« J’aime
pas trop les scènes d’apocalypse.»
La
fin du monde, à supposer qu’elle survienne un jour, risque d’être aussi
ennuyeuse que tout le reste.
Frédéric Perrot
***
(Elle)
- Vous, vous êtes
vraiment LE FAN des hiboux !
(Moi)
- J’aime beaucoup les
femmes également et les hannetons.
***
Ton droit à la bipolarité est indéfectible.
***
Longtemps j’avais tenté la liberté et la solitude à leur
paroxysme, nues, vastes et étendues comme des déserts – et j’avais échoué.
***
Brutale est ta maison de petit enfant (les assiettes et les
couverts volent un peu trop bas).
***
Passager de lui-même l’homme rapide bâille aux corneilles.
***
Si tu ne sais plus parler
Si tu ne veux plus écrire
Tombe amoureux des images
***
Plutôt que de s’attarder dessus, autant faire fructifier son
capital souffrance.
***
Une bio ?...
J’ai commencé pas mal de trucs !
***
Chaissac
Au firmament de couleur
Recroquevillé au chaud
Je suis à l’intérieur
***
J’aime pas trop les scènes d’apocalypse.
***
Fuite en avant la surenchère
En avait laissé
Quelques-uns sur le carreau
***
Mon ex-femme avait souvent de bons conseils avisés à mon
endroit. Je n’ai manifestement pas dû en suivre beaucoup.
***
Les rapports humains, moi je trouve que cela demande tout de
même trop d’efforts.
***
Le désir, la création et l’ego... le mieux est lorsque l’on en
est débarrassé et que l’on peut enfin commencer à voler.
***
Tu es absent des autres. Et eux, quelle mélodie jouent-ils
dans leur tête ?
***
Les années et les décennies filent vite. Les journées moins.
***
Bientôt
Tu ne ressembles plus à rien
***
Par exemple le mot « projet » est substantiellement
sorti de ton vocabulaire usuel.
***
Mesdames, si vous avez du temps à perdre, du temps à vivre,
aimez les poètes.
***
Un mec qui écrit n’a rien d’un mec amoureux
***
Si cela se trouve tu t’aimes mais tu ne le sais pas encore.
Courage !
***
Prendre son temps ainsi que faire preuve de mauvaise humeur
sont des luxes dont on aurait tort de se priver.
***
Je n’ai jamais été aussi près de l’art que depuis que je m’en
contrefiche.
***
Il est illusoire de vouloir tout expliquer avec des mots même
si l’on peut s’y risquer.
***
À fréquenter la médiocrité d’un peu trop près il est parfois
facile d’y succomber soi-même.
***
L'espoir fait mal au ventre.
***
Cette excuse-là, « je n'ai pas le temps », c'est
absurde non ?!
***
Entre ce que tu désires, entre ce qu’il se passe réellement et
ce que tu crois qu’il se passe, il y a quelques années-lumière.
***
La nostalgie est néfaste pour la santé. Le romantisme pas
moins.
***
Est-ce bien indispensable de se passionner pour quelqu’un ou
quelque chose ?
***
Le plaisir d’être un « has been » est divin. Plus
jeune je n’aurais jamais imaginé cela possible.
***
Il est si doux de se sentir régresser et en apesanteur.
***
Et si être « has been Bisounours » c’était en fait
être « tendance » !
***
Hormis certains animaux et petits enfants je ne connais rien
de plus délicat que les fantômes.
***
Le cimetière où sont enterrés ma mère et mes grands-parents je
n'y vais pas – j'aime pas l'ambiance !
***
Je « partage » (ou « poste ») donc je
suis. Et cela m’évite d'avoir à penser ou créer.
***
Ce n’est ni la violence ni la brutalité que je recherche,
c’est l’animalité .
***
La marche pour moi est le divertissement par excellence.
***
J’adhère parfois à ma connerie et je vieillis bien.
***
Tu regardes le monde tourner le cul assis sur une chaise et tu
comptes les points.
***
Bien entendu que l’existence des extra-terrestres est
prouvée : ce sont nos vieux !
***
J’ai déjà eu mon heure de gloire mais pour parfaire la
supercherie j’en souhaiterais ardemment une seconde.
***
Être adulte, être parent, être responsable, être inquiet, en
permanence.
***
À propos de cet homme qui semble être revenu de tout, tu te
demandes s’il ne s'agit pas là d'une contrefaçon.
***
La solitude est une drogue dure qui ne réduit pas forcément l’espérance
de vie.
***
Ma première psychiatre était une petite fille innocente. Ainsi
je n’ai raté aucun de nos rendez-vous.
***
Il fit un rêve dans lequel il aimait travailler. Puis comme à
l’accoutumée son réveil fut sans but.
***
Son cœur était devenu si hostile, que pris de peur, même les
morts s’en échappaient.
***
Ta distance est ma distance.
***
Tu étais sans but et la patience était ta seule gloire.
***
Tu as cru en tant de chimères que le rêve n’est plus pour toi
qu’une punition.
***
Qui est dans ce cri qui te perdure comme un vagin violé ?
Qui suspend le vol des cigognes ?
Alain MINIGHETTI. Fragments, 2020 – janvier 2023