jeudi 5 novembre 2026

Charles Baudelaire, À une passante

 

La rue assourdissante autour de moi hurlait. 

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse, 

Une femme passa, d’une main fastueuse 

Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ; 

 

Agile et noble, avec sa jambe de statue. 

Moi, je buvais, crispé comme un extravagant, 

Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan, 

La douceur qui fascine et le plaisir qui tue. 

 

Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beauté 

Dont le regard m’a fait soudainement renaître, 

Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ? 

 

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être ! 

Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais, 

Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais ! 

 

 

                Poème lu lors de la soirée poésie au Divanoo (mardi 27 octobre) 

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