« Je les entends, un soulagement ! Un bien-être m’envahit, je me sens si bien à cet instant, le plus souvent je ne fais pas attention. Mais ce jour-là, elles me sont tombées dessus, les cloches sonnent dans mes oreilles, je ne sais pas où est l’église ou la cathédrale mais la musique d’une église invisible me caresse les oreilles, c’est une belle musique si familière, elle me rend fort et détendu, mon corps respire plus fort, prend de la force et se détend, les cloches sonnent, un opéra pour moi, un véritable opéra flamboyant, une sonorisation si familière qu’elle représente pour moi une sirène qui me ramène dans les terres que j’ai aimées, parce que ce monde d’aujourd’hui n’est plus le mien, j’en ai déjà parlé, je me répète mais je le sens, jusqu’à mon corps profond, un homme étranger avec un corps différent, des vêtements différents, une gestuelle différente, un être d’un autre monde. Les cloches, le temps d’un instant, me ramènent sur ces terres, les miennes, celles de ma France où j’étais à ma place, oui, j’avais une place pour moi, sur ces terres d’hier. Aujourd’hui je suis devenu un invisible, un incompris, un indésirable si souvent, rien n’y fait, ce monde-là n’est pas le mien, c’est devenu une évidence, j’ai mis du temps pour le comprendre, je vous assure, oui, il m’a fallu du temps pour ouvrir les yeux devant une lucidité qui était, en fait, là, depuis un long moment, un regard qui s’est aiguisé progressivement. »
Pierre Louis Aouston, La confrérie des en-dehors
Éditions Astérion, 2026

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