mercredi 24 juin 2026

À l’heure des vérités amères, Dans les marges du temps

 

 

À l’heure des vérités amères, 

Marcher dans la ville déserte. 

Le ciel, au-dessus des toits,  

Semble une toile peinte  

D’un noir immaculé 

Qu’une main pourrait froisser… 

Outre l’éclairage public  

D’un blanc laiteux,  

Seules brillent, on ne sait pour qui,  

Les vitrines des hideuses boutiques, 

Qui tassées les unes contre les autres, 

Comme des filles des rues,  

Exposent du rêve vulgaire et galvaudé… 

Si en lieu et place  

De toute cette pacotille,  

On installait des aquariums,  

Les noctambules pourraient s’instruire :  

Car au fait, comment font les poissons pour dormir ? 

 

Soudain des cris… 

Un homme court après un autre.  

Nulle angoisse.  

Le premier est hilare,  

Ce doit être un jeu,  

Une parade d’amour  

D’un genre particulier.  

Le second s’essouffle à ta hauteur,  

Puis avec un cri de hooligan  

Ou d’animal en rut,  

Repart à la poursuite  

Du rire qui s’enfuit… 

 

Le regard tombe.  

Dans un renfoncement,  

Une masse sombre se révèle être  

Un pauvre clochard abruti par l’alcool,  

Englouti sous des tas de couvertures 

Et d’objets hétéroclites 

Qui constituent ses possessions.  

Même s’il grogne et gémit 

Dans son sommeil, 

Lui au moins, on sait comment il dort… 

Dans un roman dit réaliste 

Où l’auteur se plaît 

À tout peindre en gris,  

À cet instant précis  

Il se mettrait à pleuvoir  

Sur tes sombres pensées 

Afin de parachever  

Le tableau pathétique : 

Rien de tel.  

Le ciel est une toile peinte, 

La ville un décor,  

Et il faut te convaincre 

Que toi et ce monde 

Vous êtes réels… 

 

 

     Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot.  

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