jeudi 25 avril 2019

paysages intérieurs (avec un pastel d'Eric Doussin)


Eric Doussin



                        Le temps d’un rêve, il est libre et heureux.

Sans s’y s’attarder, il traverse une pièce sombre dont tous les meubles, innombrables, sculptés dans une chair blanche et molle, sont des horloges, qui indiquent des heures différentes. 
Si léger comme un vent d’été, il ne fait que passer, il éprouve un grand bonheur quand il comprend que toutes ces horloges dont les formes et les rondeurs féminines le mettent en joie, sont silencieuses et ajoutent au plaisir de l’œil celui de l’oreille.

Dans une autre pièce, il surprend un homme énorme à la tête chauve qui s’occupe à sa toilette dans une baignoire remplie jusqu’aux bords de fleurs de nénuphars.
Il ne souhaite pas le déranger et comme l’homme s’adresse à lui dans une langue étrangère qu’il ne connaît pas, il lui tire sa révérence et écarte le rideau qui le sépare de ce qui doit être le salon et d’où lui parvient une musique invitant à la danse.

Là se tient son seul amour, celle qu’il a élevée sur un piédestal, avant de l’en faire tomber…
Et c’est un curieux miracle, comme il ne s’en produit que dans les rêves : elle le reconnaît, lui sourit, et malgré le bruit, les mouvements des autres danseurs, de douces paroles s’échangent, des rires communs s’envolent...

Au réveil, il tente en vain de se souvenir de la merveilleuse chanson qui rythmait leurs retrouvailles.



Le texte appartient au recueil inédit Patchwork (2010). C’est ici une version légèrement revue. Frédéric Perrot

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