samedi 31 juillet 2021

La vérité avant-dernière

 

Tristesse végétative
Fatigue dégoût
L’une ne va pas sans l’autre
Des rêves inanimés
 
La vérité avant-dernière
A le teint blafard
Du débauché qui rentre à l’aube
Et harcèle encore pour rire
 
Le faux dévot défroqué :
« Très cher ami
Vous n’aviez plus un gramme
D’innocence à perdre
 
Mais cet adolescent vraiment
Qu’espériez-vous
Une épiphanie
Une révélation
 
Un plaisir suspect
Par procuration
À votre âge songez
Que ce n’est pas sérieux ! »
 
Le faux dévot
Qui trimballe avec lui
L’odeur des vieux messieurs
Se rhabille promptement
 
Il souhaiterait répondre
Mais en cette heure cruelle pour tous
La vérité avant-dernière
Est d’un jaune pisseux
 
 

        Malgré son titre, ce texte cynique écrit en 2016 ne doit rien au roman de Philip K. Dick, mais plutôt aux deux premiers vers d’un poème de Rilke (Poèmes en langue française) : « Notre avant-dernier mot/Serait un mot de misère… ». Frédéric Perrot.

mercredi 28 juillet 2021

Dans la forêt du coin (poème de Michel Meyer)

 

Tim Burton

grattements névrotiques
déplacements furtifs
fouissements compulsifs
syncopes de claquements
craquements inopinés
clapotements vaseux
glouglous gouleyants
chapelets de cris hystériques
lamentos d’ululements
 
cherchant la solitude
dans les marais de la forêt rhénane
on se sent rapidement envahi
par une insupportable et
invisible multitude
travaillant frénétiquement
à une perpétuelle fin du monde

 
 
Le poème a été lu la semaine passée lors de l’Octogone des poètes.

mardi 27 juillet 2021

Féérie nocturne

                                        Pour Birte et Arthur,

 
La nuit est encore jeune
La fête commence seulement
Beaux habits chaussures cirées
Brillantes pour la circonstance
Sous des lumières
Dont l’intermittence
N’est pas encore réglée
Un vague problème technique
Chacun hésite un peu
À se laisser tenter
Par les charmes du buffet
Ou séduire par les grâces
D’une courte sortie
Dans l’ombre
Hors de la salle
Afin de prendre l’air
En attendant les danses
Qui suivront en cadence
Les premiers verres bus
Et les premières ivresses
 
La nuit est jeune encore
C’est très joyeux ici
Des femmes ont mêlé
À leurs cheveux
Des couronnes de fleurs serrées
Et elles dansent
Et elles vivent
Sur chacun des morceaux
Les rires s’envolent
Les verres se cognent
C’est un beau tourbillon
De figures païennes
De lumières
Et de sons
Oh la sueur des peaux
Oh le mouvement des corps
Puisse tout cela durer
Jusqu’à nos dernières forces…
 
 
        Souvenir d’une fête à Hambourg, le texte a été écrit en 2016. Frédéric Perrot.

lundi 26 juillet 2021

Ralentir travaux


 

Desserrer l’étau
Des peurs sans issue
Ralentir travaux
Est-il indiqué
Voler le panneau
Juste pour s’amuser
Sur son dos le porter
Jusqu’au sixième étage
N’est pas sans risque
Ni difficulté
Très officiellement
Le panneau a été placé ici
Par des agents de la mairie
C’est du vol carrément un délit
Mais qu’importe
Pourquoi les flics
Passeraient-ils
À cette heure-ci
Dans un endroit
Si isolé
Et comme cela fait rire
Follement la fille
Qui habite le sixième étage
Et n’en attendait pas tant
On prend sur soi
Pour être à la hauteur
De sa gaminerie
On desserre l’étau
On sort de l’impasse
Des peurs sans issue
 
  
 

        L’anecdote – le panneau volé dans la rue une nuit de beuverie, la fille du sixième étage – est bien sûr authentique. Qui pourrait inventer une telle sottise ? Le texte a été écrit en 2016. Frédéric Perrot.