dimanche 21 février 2021

Fade dans les bas-fonds

 

Ils entament la parade

quelques verres et quelques tirades

le goût du danger les unit

et c’est la nuit

il reste avec elle trop longtemps

se fait coincer

elle n’a pourtant rien dit

c’est la chaleur en le freinant

qui l’a trahi

Hôtel Congress

110° Fahrenheit…

Dominique A, Hôtel Congress

 

 

Il fait fade dans les bas-fonds. Il y descend par habitude, dévale les escaliers, pressé de se perdre parmi ses semblables – toute une foule grouillante, des êtres aveugles stupéfiés, qui ne tiennent plus debout et se vautrent sur des matelas repoussants, dans les flaques et les autres saletés qui jonchent le sol. Il en est encore pour danser comme des automates sur des musiques absurdes, assourdissantes… La chaleur l’accable. Il étouffe dans ce hammam sordide. Il remarque qu’il n’y a pas une fille. Il essuie la sueur qui lui brûle les yeux, il hausse les épaules, il ne cherche plus rien depuis si longtemps. Même une étreinte, même une nuit : le jeu n’en vaut pas la chandelle. Il n’y a pas d’amour… Et ce sont toujours les mêmes mots, les mêmes gestes, la même désillusion au réveil. « Inutile de se laisser nos numéros, on ne se reverra pas… » Non, ce qu’il veut, c’est se perdre, s’oublier parmi d’autres garçons perdus, avaler tout ce qu’on lui tend, pour le vomir quelques heures plus tard, tituber au rythme de la musique jusqu’à s’épuiser et finir à l’aube, par rentrer chez lui, tombant tout habillé sur son canapé ou en travers de son lit.

 

Ainsi se passent ses nuits. Mais qu’y aurait-il d’autre à faire ?

 

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Il fait fade. Régional (Belgique) : lourd, étouffant.

L’expression « garçons perdus » est empruntée au même album de Dominique A, La Musique.

 

Le texte appartient au recueil autoédité Les heures captives (décembre 2012). Frédéric Perrot


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