vendredi 11 août 2017

à rebrousse-temps





            – Mais où suis-je ? chevrota la voix qui s’affaiblissait. Quel est-ce lieu ?
            – Vous êtes enterré.
            Sebastian avait l’habitude : chaque fois, un certain laps de temps s’écoulait entre le moment où le mort se réveillait et celui où l’on parvenait jusqu’à lui. Oui, il en avait l’habitude et, pourtant, il ne s’y accoutumait pas.  
– Vous êtes mort. On vous a enterré. Mais le temps est reparti en arrière et vous êtes revenu à la vie.
– Le temps, répéta la voix. Pardon ? Je… je ne comprends pas. Le temps… de quoi ? Je voudrais sortir d’ici. Je n’aime pas cet endroit. Je veux retrouver mon lit, ma chambre à l’hôpital général de La Honda.  
                                                            (Philip K. Dick, À rebrousse-temps)


jeudi 10 août 2017

La Montagne magique




 « … un seul aspect de ce temps lui échappait pourtant : sa durée réelle, en admettant que le temps soit chose naturelle et qu’il soit admissible de lui appliquer la notion de réalité. » (Thomas Mann, La Montagne magique)

riche de souffrance mais pauvre en mots



« Par ces lamentations, elle exprimait son amour de la vie, cette vie sans grâce ni charme et presque sans dignité, mais d’un dessein irréprochablement conforme à lui-même, jusques et y compris dans l’assassinat. Et, comme il arrive souvent aux lamentations de la malheureuse humanité, riche de souffrance mais pauvre en mots, la vérité, le cri même de la vérité, se fit entendre sous une forme usée et artificielle trouvée parmi les formules galvaudées par les sentiments imités. » (Joseph Conrad, L’Agent secret)

l'or du temps (paru dans le numéro 17 de la revue Lichen, août 2017)

L’or du temps


L’or du temps – « Le temps est ton bien le plus précieux ; c’est pourtant celui que tu dépenses avec le plus de légèreté, voire de frivolité, dans de vaines occupations, une dispersion infinie… Quand tu n’es pas simplement occupé par tes chimères et la satisfaction de tes vices.»

Une pensée qui nous rebute – Nous nous figurons toujours la mort devant nous. Mais si l’on en croit Sénèque – qui se révèle difficile à suivre sur ce point, tant cette pensée nous rebute –, la mort serait « en grande partie » derrière nous ; et, tout ce que nous avons déjà  vécu – ces innombrables jours et ces longues années –, « tout l’espace franchi est à elle…».

Naissance tardive – « Je suis né si tard, que je trouve inadmissible de devoir mourir en plus…»

Foi en l’avenir – « La tombe sera le plus imprenable des abris ; nous n’aurons plus à redouter la violence et le fanatisme de nos contemporains.»

Ou : « Il ne vivait pas dans la peur de la mort, idée trop abstraite. Il vivait dans la crainte plus précise d’être tué

            Contre le temps « biographique » – « Plus jeune, tu tenais des discours de vieillard, tu jouais au grand sage ; or plus tu prends de l’âge, et plus dans tes pensées du moins, tu rajeunis ; mais c’est peut-être seulement une illusion commune…»

Paradoxe temporel – Il n’a aucun sens historique, mais par la pensée et la rêverie, il voyage à travers les époques. Toutes lui semblent égales, car il s’y perçoit toujours dans la peau d’un esclave.


Un impatient – « Je ne suis pas seul à attendre ; d’autres attendent aussi, assis sur un banc, tandis que je fais les cent pas, excédé par le silence qui règne en ces lieux, non moins que par celui, résigné, de ceux qu’il me répugne de nommer mes semblables et qui assis sur leur banc ne daignent même pas remarquer mon agitation, perdus qu’ils sont dans le néant de leur vie intérieure. Peut-être serait-il plus juste de dire que ces quatre vieillards sont simplement exténués par l’attente… Mais je ne me soucie pas d’être juste. Je fais les cent pas et je n’en peux plus de cette attente sans objet, car si au moins je savais ce que dans ce couloir insalubre, nous attendons depuis si longtemps… »





pour aller voir la revue Lichen 
https://lichen-poesie.blogspot.fr.