jeudi 13 décembre 2018

Le voyageur qui ne part pas

Schiltigheim


Le voyageur qui ne part pas n’a que des bagages, de lourds bagages. Il les transporte partout, ne peut les déposer nulle part. Certains les nommeraient sans doute des souvenirs, des regrets, des remords. Lui, il sait qu’il transporte des cadavres.
Tous les cadavres de ceux qu’il a été et n’est plus. Etonnamment légers. Comme une plume. Tous les cadavres de ceux qu’il a aimés et perdus. Lourds, si lourds comme des légions de fantômes cuirassés. De sorte qu’entre ces deux poids contradictoires, il a un point de côté, se trouve déséquilibré et ne parvient qu’avec peine à avancer…

Le voyageur qui ne part pas est encore jeune pourtant. Ses cheveux ne sont pas tous tombés. Le voyageur qui ne part pas pourrait encore avoir des rêves, des projets –
Mais le désir l’a quitté, s’en est allé, pour disparaître on ne sait où… Et l’important, l’essentiel, lui, il le sait : il est mort à l’intérieur

Et dans ces conditions, que peut lui faire l’ailleurs ?


Ce texte écrit en 2009 appartient au recueil autoédité Les heures captives (décembre 2012) Frédéric Perrot

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire