vendredi 22 septembre 2017

ces banalités plus ou moins philosophiques...


« Chacun fait l’épreuve de voir disparaître ce qu’il aime, sans doute. C’est la règle et elle ne souffre pas d’exception durable. Si comblé que l’on soit par la vie, il faut à un moment ou à un autre se dessaisir de tout ce qu’elle vous a donné. Le temps qui passe, la mort qui vient exécutent la besogne. On le sait et on l’ignore. Si l’on y réfléchit, rien n’est plus étonnant que cette formidable faculté d’oubli que mobilisent mentalement tous les hommes afin d’ignorer ce qu’ils savent pourtant. Ils construisent des demeures et accumulent des biens, s’unissent et se reproduisent, constituant tous comme un petit empire à leur mesure qu’ils font prospérer autant qu’ils le peuvent et sur lequel ils se donnent l’illusion éphémère de régner. Mais il leur faudra  tout rendre au néant, dans lequel, à leur tour, ils disparaîtront enfin. Je n’exprime ces banalités plus ou moins philosophiques que parce qu’elles se trouvent systématiquement méconnues. L’existence l’exige, et c’est très bien ainsi, aucune conscience ne pouvant supporter la perspective, au fond assez terrible, dont je parle ici.» (Philippe Forest, Crue)

Philippe Forest est romancier, essayiste. Il a entre autres écrit une biographie de Louis Aragon.

A lire de Philippe Forest, un des plus importants écrivains français contemporains, selon moiL'enfant éternel (1997) et Tous les enfants sauf un (2007)

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