lundi 2 mars 2026

Nocturne, Dans les marges du temps

Strasbourg

 

Ne crois pas

Que tu sois cause encore

Du sourire discret de l’endormie :

Elle repose avec son secret…

 

Comme le voyageur des contes,

Tu pourrais des deux poings

Cogner aux portes de ses rêves,

Qu’elle ne l’entendrait pas

Tant des mondes vous séparent…

 

Retourne à ton silence,

Dans la chambre de l’enfant

Qui aux premières heures de l’aube,

Viendra t’étourdir de son babillage

Et de sa joie

 

 

Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot

vendredi 27 février 2026

Festival de poésie, Encres Libres, jeudi 12 mars, 20h, au Divanoo

 



Un grand merci à Florian de l’excellente librairie Lignes de Fuite, de m’avoir convié à cette première édition du nouveau Festival de poésie, Encres Libres. Frédéric Perrot.


lundi 23 février 2026

Tout se met en place pour des temps ténébreux

 

À la longue, j’ai acquis le sens de la défaite. Tout orgueil écrasé, comme un animal effrayé se replie sur lui-même, je me suis rapetissé intérieurement. Il ne faisait plus de doute que j’appartenais au camp des vaincus, même si un tel camp n’existe pas, n’est qu’une somme de solitudes.

 

Ayant les mains dans la merde, nous n’emploierons pas des métaphores subtiles.

 

Mais ne cédons pas à la morosité et poussons plus loin nos investigations !

 

Ridicule monarque, qui crois-tu donc soulever pour ton vain combat ?

 

Qu’est-ce que cela fait d’être une cible…

 

Racontez n’importe quoi sur n’importe qui. De cette boue, il restera toujours une trace…

 

« L’étendue de futur dont le cœur s’entourait s’est repliée. »

 

Tout se met en place pour des temps ténébreux. Nous nous préparons à une raclée historique, à une défaite qui sera peut-être irréversible. Tout n’est pas encore joué bien sûr, mais les dés semblent bien pipés. La tricherie est de droite !

 

Un fanatique est une hyène raisonneuse. Le ressentiment s’auto-alimente. Les promoteurs de la France des honnêtes gens s’époumonent tant qu’ils peuvent.

 

Dans quelle ornière, notre chant a-t-il chu ?

 

« L’avenir est à la clandestinité. »

 

Nous sommes gouvernés par des paltoquets.

 

« Nous vivons en enfants perdus nos aventures incomplètes. »

 

Forger son propre imaginaire. Enfin être soi-même… Même si le soi-même en question se révèle être une case vide. Témoigner de ce vide, pour cette case que nul ne songerait à cocher.

 

Tu ne murmureras pas les premiers mots d’une prière pour temps obscurs. À qui l’adresserais-tu ?

 

                                           Frédéric Perrot

 

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Citations et allusions :

 

« L’étendue de futur dont le cœur s’entourait s’est repliée. » (René Char)

 

« L’avenir est à la clandestinité. » (Bernard-Marie Koltès)

 

Paltoquets est le mot employé par Frédéric Lordon pour désigner nos dirigeants actuels.

 

« Nous vivons en enfants perdus nos aventures incomplètes. » (Guy Debord)

 

The Smiths, Rubber ring, Louder than bombs

 


Pour écouter Rubber ring :


https://youtu.be/GG1ZYByvfqQ?si=egg6uE1mI-rATKtH


René Char, Les Inventeurs

 



Ils sont venus, les forestiers de l’autre versant, les inconnus de nous,

les rebelles à nos usages.

Ils sont venus nombreux.

Leur troupe est apparue à la ligne de partage des cèdres

Et du champ de la vieille moisson désormais irrigué et vert.

La longue marche les avait échauffés.

Leur casquette cassait sur leurs yeux et leur pied fourbu

se posait dans le vague.

Ils nous ont aperçus et se sont arrêtés.

Visiblement ils ne présumaient pas nous trouver là,

Sur des terres faciles et des sillons bien clos,

Tout à fait insouciants d’une audience.

Nous avons levé le front et les avons encouragés.

 

Le plus disert s’est approché, puis un second tout aussi

déraciné et lent.

Nous sommes venus, dirent-ils, vous prévenir de l’arrivée prochaine

de l’ouragan, de votre implacable adversaire.

Pas plus que vous, nous ne le connaissons

Autrement que par des relations et des confidences d’ancêtres.

Mais pourquoi sommes-nous heureux incompréhensiblement devant vous

et soudain pareils à des enfants ?

 

Nous avons dit merci et les avons congédiés.

Mais auparavant ils ont bu, et leurs mains tremblaient,

et leurs yeux riaient sur les bords.

Hommes d’arbres et de cognée, capables de tenir tête à quelque terreur,

mais inaptes à conduire l’eau, à aligner des bâtisses,

à les enduire de couleurs plaisantes,

Ils ignoraient le jardin d’hiver et l’économie de la joie.

 

Certes, nous aurions pu les convaincre et les conquérir,

Car l’angoisse de l’ouragan est émouvante.

Oui, l’ouragan allait bientôt venir ;

Mais cela valait-il la peine que l’on en parlât

et qu’on dérangeât l’avenir ?

Là où nous sommes, il n’y a pas de crainte urgente.