mercredi 18 mars 2026

Descends de ton tréteau, mauvais acteur, Dans les marges du temps

 

Strasbourg


Descends de ton tréteau, mauvais acteur :

Le sérieux est un masque funéraire

Qui ne convient guère à ton caractère.

Nous sommes las des vains cris de la colère,

Epargne-nous de grâce tes postillons,

Abandonne ce masque d’imposteur.

 

Cesse d’être grimacier et retrouve

Ta vraie voix, un ton juste, ton silence,

Ton secret, qui n’a rien de douloureux :

Rester confidentiel n’est pas honteux,

 

Et ce n’est que dans les marges du temps,

Quand nous sommes sans public, isolés,

Que nous pouvons espérer prononcer

Un premier mot qui ne serait pas faux.

 

N’aie pas peur, sois confiant, éveillé :

Ta vraie voix, tes couleurs, ta musique…

 

 

Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot

mardi 17 mars 2026

Black Celebration de Depeche Mode a quarante ans (pour Valentine)

 


Le 17 mars 1986, sortait le cinquième album studio de Depeche Mode, Black Celebration. Premier disque de rupture dans la carrière alors toujours incertaine du groupe, oscillant entre ballades sentimentales (A question of Lust), tubes imparables volontiers cyniques (A question of Time, Stripped) et atmosphères plus sombres (Black Celebration), hantées par la mort ordinaire (Fly on the windscreen - Final) ou le vide de la société anglaise (l’ironique New dress). Rétrospectivement, un disque crucial, marquant le début d’une ascension phénoménale, puisque devaient suivre les fondamentaux Music for the masses (1987) et Violator (1990). Mais l’histoire alors n’était pas encore écrite…

 

Pour écouter Stripped :


https://youtu.be/vYH0vhLpqHU?si=DiNft_jI2PCg0hUV


lundi 16 mars 2026

Un poème de Marie-Anne Bruch (Nouveaux Délits, numéro 83)

 



Épaisseurs et nudités

 

La nuit est une encre subtile

et la douleur change de couleur.

 

Jeter un œil au fond de soi

et n’y trouver qu’un peu d’air frais,

pour l’apaisement ou l’effroi ?

 

Le cœur, mieux que nul autre,

sait rebattre les cartes.

 

Trop d’entrées dans les dictionnaires

et tellement peu de sorties…

 

Échapper aux définitions

est la mission de l’être humain.

 

À la géométrie de nos barreaux

répondent les feuillages rebelles.

 

Dans le silence,

le contour des choses

se dessine plus durement

et les frayeurs passent

du grave à l’aigu.  

 

               Marie-Anne Bruch, extrait de Cristallins Secrets

 

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Cathy Garcia Canalès

Nouveaux Délits, numéro 83, Janvier 2026

mercredi 11 mars 2026

Help (2) War Child Records

 


Pour écouter Fontaines D.C., Black Boys on Mopeds (Sinéad O’Connor cover)


https://youtu.be/LVbz3FNSRuc?si=Icn8kusHSn1Zwv19 

 

Track list: 

Side A

1. Arctic Monkeys - Opening Night 

2. Damon Albarn, Grian Chatten & Kae Tempest - Flags 

3. Black Country, New Road - Strangers

4. The Last Dinner Party – Let’s do It Again!

5. Beth Gibbons - Sunday Morning

Side B

6. Arooj Aftab & Beck - Lilac Wine

7. King Krule - The 343 Loop

8. Depeche Mode - Universal Soldier

9. Ezra Collective & Greentea Peng - Helicopters

10. Arlo Parks - Nothing I Could Hide

11. English Teacher & Graham Coxon - Parasite

12. Beabadoobee - Say Yes

Side C

13. Big Thief - Relive, Redie

14. Fontaines D.C. - Black Boys On Mopeds

15. Cameron Winter - Warning 

16. Young Fathers - Don’t Fight The Young

17. Pulp - Begging For Change

18. Sampha - Naboo 

Side D

19. Wet Leg - Obvious

20. Foals - When The War Is Finally Done 

21. Bat For Lashes - Carried My Girl 

22. Anna Calvi, Dove Ellis, Ellie Rowsell & Nilüfer Yanya - Sunday Light

23. Olivia Rodrigo - The Book of Love 

 

Bonus Track : Oasis - Acquiesce 

(Live from Wembley Stadium, 28 September 2025)

 

dimanche 8 mars 2026

Tout reprendre à zéro (pour Alain)

 

Alain Minighetti

Tout reprendre à zéro. Écrire est très peu un métier. On n’apprend rien ou presque, et à chaque fois il faut tout reprendre à zéro, comme si l’on n’avait jamais écrit le moindre mot, comme si l’on se trouvait face au silence que l’on veut interrompre pour la première fois, et comme si nous étions pour toujours des novices sans expérience. Écrire est très peu un métier. Les mains vides, sans la moindre terre ferme sous les pieds, mais avec obstination, à chaque fois il faut tout reprendre à zéro. Quant aux quelques pages déjà écrites qui témoigneraient en notre faveur, au lieu d’y chercher un indice, l’idée d’une destination, il vaut mieux s’en détourner et les tenir à distance : car c’est ainsi, écrire est très peu un métier et à chaque fois, il faut tout reprendre à zéro.

 

                                                                         Frédéric Perrot

Stéphane Bouquet, Le fait de vivre (pour Michel)

 


Marie dit la vie la vie

tu n’as que ce mot aux lèvres

 

c’est vrai j'avoue la vie est le seul

refuge, je ne sais plus trop à force

 

si « j’écris sur vous au lieu de

mourir » ou pour rejoindre un verbe au présent

 

« et me sentir mille choses heureuses à la fois »

ayant atteint « la bienveillance du réel »

 

du genre ces bras entre nous respirés

alors c’est gagné la vie la vie

 

 

Stéphane Bouquet est un écrivain, un scénariste et critique de cinéma, un danseur et un poète, né en 1967 et mort à Paris le 24 août 2025. Le fait de vivre est paru aux éditions Champ Vallon en 2021.

vendredi 6 mars 2026

Leonard Cohen, Who by fire

 



And who by fire, who by water

Who in the sunshine, who in the night time,

Who by high ordeal, who by common trial,

Who in your merry, merry month of May, who by very slow decay

and who shall I say is calling ?

 

And who in her lonely slip, who by barbiturate,

who in these realms of love, who by something blunt,

Who by avalanche, who by powder,

who for his greed, who for his hunger  

and who shall I say is calling ?

 

And who by brave assent, who by accident

who in solitude, who in this mirror

Who by his lady’s command, who by his own hand

who in mortal chains, who in power

and who shall I say is calling ?

 

 

Leonard Cohen, Who by fire (1974)

 


Pour écouter Who by fire :


https://youtu.be/ilGahIwQEQ0?si=EPe0XSc-DY5xSlce


lundi 2 mars 2026

Rainer Maria Rilke, deux poèmes


 

Celle qui devient aveugle

 

       Elle était assise comme les autres pour le thé.

       Il m’apparut d’abord qu’elle tenait sa tasse

       un peu différemment des autres.

       Puis elle sourit. Cela fit presque mal.

 

       Lorsque enfin on se leva et bavardant

       on traversait des chambres nombreuses

       lentement au hasard (on parlait et riait),

       tout à coup je la vis. Elle suivait les autres,

 

       timide, comme quelqu’un qui dans un instant

       devra chanter devant un vaste public ;

       sur ses yeux clairs qui se réjouissaient

       la lumière se posait du dehors comme sur un étang.

 

       Elle suivait doucement, il lui fallait longtemps,

       comme si quelque chose devait être encore surmonté ;

       et pourtant, au bout d’un moment c’était comme

       si elle n’allait plus marcher mais voler.

 

 

La courtisane

 

       Le soleil de Venise inventera de l’or

       dans mes cheveux : illustre fin

       de toute alchimie. Mes sourcils,

       les vois-tu pareils aux ponts

 

       conduire vers le silencieux péril

       des yeux, qu’une circulation secrète relie

       aux canaux, de façon que la mer

       puisse monter, descendre et changer en eux. Celui

 

       qui m’a regardée une fois, envie mon chien

       car la main qui ne fut consumée dans aucun incendie,

       cette main ornée, invulnérable, se pose

       souvent sur lui dans un moment distrait.

 

       Et des garçons, espoirs des grandes maisons,

       périssent sur ma bouche comme d’un poison.

 

 

Rainer Maria Rilke, Nouveaux poèmes

Traduction de Lorand Gaspar

 


Nocturne, Dans les marges du temps

Strasbourg

 

Ne crois pas

Que tu sois cause encore

Du sourire discret de l’endormie :

Elle repose avec son secret…

 

Comme le voyageur des contes,

Tu pourrais des deux poings

Cogner aux portes de ses rêves,

Qu’elle ne l’entendrait pas

Tant des mondes vous séparent…

 

Retourne à ton silence,

Dans la chambre de l’enfant

Qui aux premières heures de l’aube,

Viendra t’étourdir de son babillage

Et de sa joie

 

 

Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot