lundi 7 juillet 2025

The Beatles, She's leaving home (pour Nico)


 

Wednesday morning at five o’clock
As the day begins
Silently closing her bedroom door
Leaving the note that she hoped would say more

 

She goes down the stairs to the kitchen
Clutching her handkerchief
Quietly turning the backdoor key
Stepping outside, she is free

 

She (we gave her most of our lives)
Is leaving (sacrified most of our lives)
Home (we gave her everything money could buy)

 

Father snores as his wife gets into her dressing gown
Picks up the letter that’s lying there
Standing alone at the top of the stairs
She breaks down and cries to her husband
Daddy, our baby’s gone.
Why would she treat us so thoughtlessly ?
How could she do this to me ?

 

She (we never thought of ourselves)
Is leaving (never a thought for ourselves)
Home (we struggled hard all our lives to get by)
She’s leaving home, after living alone, for so many years

 

Friday morning, at nine o’clock
She is far away
Waiting to keep the appointment she made
Greeting a man from the Motortrade

 

She (what did we do that was wrong)
Is Having (we didn’t know it was wrong)
Fun (fun is the one thing that money can’t buy)

 

Something inside, that was always denied,
For so many years,
She’s leaving home

 

 

Pour écouter She’s leaving home :


https://youtu.be/VaBPY78D88g?si=KHRznIVZR7d_W6Je

Vieille taupe (un poème de Primo Levi)


Qu’y a-t-il d’étrange à cela ? Le ciel me déplaisait,

Aussi ai-je choisi de vivre seul et dans le noir.

Je me suis façonné des mains bonnes à fouir,

Concaves et griffues, mais sensibles, robustes.

Dès lors, inaperçu, insomnieux, je navigue

Sous les prés, et ne sens ni le chaud, ni le froid,

Ni le vent, ni la pluie, ni le jour, ni la nuit, ni la neige,

Cependant que les yeux ne me servent plus à rien.

Je creuse et vais trouvant de succulentes racines,

Des tubercules, du bois vermoulu, des hyphes de champignons,

Et qu’un bloc de pierre vienne à me barrer la route,

Je le contourne, non sans mal, certes, mais posément,

Car je sais toujours où je veux aller.

Je trouve des lombrics, des larves, des salamandres,

Parfois même une truffe

Ou encore une vipère, morceau de roi,

Voire des trésors enfouis. Par qui ? Mystère.

En d’autres temps, je suivais les femelles,

Et quand j’en entendais quelqu’une qui grattait,

Je creusais prestement une galerie vers elle :

Plus à présent. Le cas échéant, je change de direction.

Mais, il advient, parfois, à la nouvelle lune,

Que la mouche me pique, et alors, je m’amuse

À surgir tout à coup pour effrayer les chiens. 

 

                         12 septembre 1982

 

 

Même s’il a traduit Le Procès en italien, inaugurant une collection de prestige, Primo Levi n’aimait guère Kafka, dont il jugeait l’imaginaire trop sombre et agressif (voir Conversations et entretiens, « Une agression nommée Franz Kafka »). Pourtant, ce poème pourrait constituer un écho à ce que l’auteur pragois appelait ses « histoires d’animaux » : La Métamorphose, Recherches d’un chien, Le Terrier bien sûr, Communication à une académie et dans une moindre mesure La taupe géante, où ce n’est pas l’animal qui s’exprime, mais un instituteur s’interrogeant à son sujet.

 

Primo Levi, À une heure incertaine

Traduit de l’italien par Louis Bonalumi





jeudi 3 juillet 2025

L'amour véritable ne laisse pas de traces (traduction de Leonard Cohen)


Comme la brume ne laisse pas de cicatrice

Sur la colline vert sombre

Ainsi mon corps ne laisse pas de cicatrice

Sur toi et jamais

 

À travers les fenêtres dans l’obscurité

Les enfants viennent, les enfants vont

Comme des flèches sans direction

Comme des chaînes faites de neige

 

L’amour véritable ne laisse pas de traces

Si toi et moi ne faisons qu’un

C’est enfoui dans nos étreintes

Comme des étoiles contre le soleil

 

Comme une feuille qui tombe peut se reposer

Un moment dans l’air

Ainsi ta tête sur ma poitrine

Ainsi ma main sur tes cheveux

 

Et tant de nuits endurent

D’être sans lune ni étoile

Alors nous endurerons

Quand l’un est parti et au loin

 

L’amour véritable ne laisse pas de traces

Si toi et moi ne faisons qu’un

C’est perdu dans nos étreintes

Comme des étoiles contre le soleil

 

 

                         Frédéric Perrot


 

Pour écouter True love leaves no traces par Dead Famous People 

https://beldemai.blogspot.com/2022/02/dead-famous-people-true-love-leaves-no.html