mercredi 6 mai 2026

Jours de colère, Dans les marges du temps (pour Hugues)

 

Dessin de Valentine

 

Sang murs gris hôpital
Tout ce gaz lacrymal
 
Projeté à la face
Du désir de la foule
 
Des orages de coups
Achèvent le travail
 
Cris douleurs œil perdu
Jusqu’aux mains arrachées
 
Silence murs prisons
La rue s’est tue et l’État
 
A remis rudement
Le désir à sa place

 

    Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot 

samedi 2 mai 2026

André Breton, Arcane 17

 

 

Quatrième de couverture 

       En 1944, avant même que le tonnerre atomique ait mis le point dorgue au fracas des combats où se sont effondrées les idéologies du siècle, André Breton, en écrivant Arcane 17, indique les conditions impérieuses dune résurgence de lhomme. Au contact de la nature, et surtout de la Femme, médiatrice qui dissipe les ténèbres religieuses entretenues autour du rêve, la méditation du poète replace le sacrifice du phénix, pur de toute idée de culpabilité, dans une lumière qui sait préserver la part de la nuit. Les « trois voies » vers cette lumière (larcane 17, du tarot, nest-ce pas l« Étoile » ?) sont la liberté, lart et lamour.   

Là où croît le danger, croît aussi ce qui sauve... (Hölderlin)

 

 

        Dans Lespace littéraire de Maurice Blanchot, à lire : « Litinéraire de Hölderlin »

lundi 27 avril 2026

David Lynch (en images)

 

La découverte de l'oreille (Blue Velvet)


Laura Palmer (Twin Peaks)


Pete rencontre Alice (Lost Highway)

     

    Photographies extraites du livre David Lynch (Entretiens  avec Chris Rodley). Éditions Cahiers du cinéma 

dimanche 26 avril 2026

Fritz Zorn, Mars (pour François)

 

 

Présentation de léditeur : 

« Ma détresse est aussi une partie de la détresse universelle. Ma vie ne se réduit pas aux cris que jette un individu originaire de la bourgeoisie zurichoise, et à qui son éducation fut fatale ; elle se confond avec le hurlement peuplé de mille voix de tout l’univers où le soleil ne s’est plus levé. »

Dans la bonne société zurichoise, au milieu des années 1970, un homme se meurt. Il a trente-deux ans. Mais ce qui le condamne, ce n’est pas tant le cancer qui l’accable que le poids d’obligations absurdes censées garantir les fondements de son existence et la reproduction de son milieu. À force de vouloir être respectable à tout prix, il a perdu le sens de la vie et tente de le reconquérir, in extremis, par l’écriture.
Publié à titre posthume en 1976, Mars est l’unique texte de Fritz Zorn. Livre-culte pour toute une génération, il résonne toujours aujourd’hui comme un cri qui nous appelle à vivre. 

Fritz Zorn, Mars 
Traduction de l'allemand (Suisse) par Olivier Le Lay. Préface de Philippe Lançon.
Nouvelle traduction

vendredi 24 avril 2026

mercredi 22 avril 2026

Marie-Anne Bruch, Sombres Vers Blancs


     Dans ce nouveau recueil, Sombres Vers Blancs, Marie-Anne Bruch évoque une fois encore sa difficulté à être au monde et un mal plus général, qui à nen pas douter, est celui de notre triste temps : la détresse psychique. Les titres et sous-titres de certains poèmes sont à cet égard significatifs (Complainte de la folle, Souvenirs de dépression, Souvenirs dasile). Cependant, malgré la noirceur du propos densemble, ces Sombres vers blancs ne sont jamais, si je puis dire, plombants. Les vingt-quatre poèmes qui composent le recueil sont en effet portés par une bien curieuse énergie : Denis Hamel, qui signe la préface, parle à juste titre de « la vitalité de lexpression ». Le mélange des registres dans une forme apparemment classique (des quatrains pour lessentiel), les rimes intérieures, les jeux de mots à la Desnos ou à la Bashung, permettent à Marie-Anne Bruch déchapper au marasme, par lhumour et une pointe dautodérision, cette délicatesse des désespérés : « Et plus je me cabosse et mieux je me ressemble »

 

Marie-Anne Bruch, Sombres Vers Blancs, Éditions du Petit Pavé

mardi 21 avril 2026

Tel un Ulysse de pacotille

 

     

    Pour mémoire : « Mais Hermès ne trouva pas à lintérieur de la grotte Ulysse au grand cœur. Assis sur le rivage, et toujours au même point, il pleurait, son cœur se brisait en larmes, gémissements et chagrins. Et sur la mer inlassable il fixait ses regards en répandant des pleurs. » (Homère, LOdyssée, Chant V). Frédéric Perrot  

vendredi 17 avril 2026

Laura Vazquez, L'Idiote du village

 

 

Présentation de l'éditeur :  

Par l’autrice la plus passionnante de sa génération, un essai de poétique lumineux. L’Idiote du village s’impose par la fragilité, l’innocence et la force d’un regard qui refuse la norme. Une langue libre et radicale, un geste littéraire rare, à la fois intime et visionnaire.

Laura Vazquez conduit le lecteur depuis les lieux et souvenirs fondateurs de son enfance – ­Villeneuve-la-rivière où vivait un garçon trisomique et Le Soler où vivait « La folle » –, dans les replis de la création littéraire. L’autrice travaille un matériau intime et s’interroge sur comment « le texte se met à écrire », comment dans la langue quelque chose advient qui se nomme littérature. Elle produit un essai versifié qui explore le réel et l’intime, l’écriture et la lecture, le rythme et la forme, les œuvres et le monde ; un court traité (de) poétique peuplé de livres, d’images et de figures d’écrivains, où l’on retrouve sa langue, son souffle et son rythme si singuliers.

lundi 13 avril 2026

Nous ne laisserons pas la tristesse nous submerger, Dans les marges du temps (pour Valentine)

Exposition au Divanoo

                        Pour Valentine,

 

Si tu veux être un esprit libre,

Garde-toi de te pencher

Sur les remugles du passé.

Disperse la paille de tes fictions,

 

Et convaincs-toi que jamais 

Ta vie ne fut si malheureuse

Qu’une mémoire fallacieuse

Te le laisse croire !

 

Puis déchire la toile en trompe-l’œil

Des désirs sans lendemain,

Des espoirs déçus,

Des souvenirs paralysants.

 

Si tu veux être un esprit libre –

Même pour un court instant ! –

Oublie ta peur, rejette l’angoisse

Comme un papier qu’on froisse,

 

Et même plongé dans les ténèbres, 

Somnambule et trébuchant,

Reste fidèle à la lumière :

Vois ! rien n’égale la beauté du jour qui point

  

Le poème appartient à mon recueil, Dans Les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot   

Olivier Mannoni, Traduire Hitler suivi de Coulée brune (Comment le fascisme inonde notre langue)

 

 
Présentation de l’éditeur :
 
Ce livre rassemble deux essais liés par un même constat : la langue est la charpente du fascisme.
Dans Traduire Hitler, Olivier Mannoni revient sur sa traduction de Mein Kampf. Outre les tempêtes suscitées par la parution d’Historiciser le mal, il raconte ici la lutte au corps à corps avec une prose lourde et pernicieuse. Car pour conserver la mémoire des mots qui ont rendu possible l’indicible, ce texte devait demeurer ce qu’il est : la grammaire de l’horreur.
Face à une actualité où les démons semblent renaître, Coulée brune tire les conséquences de ce travail pour nous alerter sur le pouvoir du discours tronqué, trompeur et d’autant plus efficace qu’il est simpliste. Le venin du fascisme infecte la langue depuis plus longtemps qu’on ne le pense… À quand cela remonte-t-il ? Au second tour de 2002 ? À la crise des Gilets jaunes ? À celle du COVID-19 ?
S’aventurant jusque dans les entrailles de notre histoire européenne, ce livre d’une lucidité redoutable met à nu les menaces linguistiques qui pèsent sur nos démocraties.

Champs - Champs essais (Paru le 11/03/2026)

samedi 11 avril 2026

L'exigence de clarté, hommage à Primo Levi, Dans les marges du temps

                            Nous avons peigné la chevelure des comètes,
                            Déchiffré les secrets de la genèse,
                            Foulé les sables de la lune,
                            Construit Auschwitz, détruit Hiroshima.
                            Tu vois : nous ne sommes point demeurés inactifs.
                                                                           Primo Levi (Procuration)
        
 
Il a écrit pour comprendre et être compris
 
Sa formation d
homme de science
L’a conduit à combattre avec mépris
Le brouillard des consciences
Que les malheurs du siècle
Ont obscurcies
 
Il a écrit pour comprendre et être compris
Et quitte à être démodé
Considéré avec dédain
Il a comme critère esthétique absolu
Exigé la clarté
 
Lincommunicabilité
Dont à son époque
Lavant-garde artistique
A fait une mode frivole
Lui semblait un mot hideux
 
Désagréable à loreille
Non moins que dans l’idée
Lui qui l’avait connue et combien
L’incommunicabilité
Réelle…
 
Il a écrit pour comprendre et être compris
Comprendre l
Allemagne et les Allemands
 
Poids des années sa conscience sest obscurcie
Lont usé et désespéré son devoir de témoin
Et comme une insulte
À la mémoire des millions d’engloutis
Toutes les infâmes négations…
 
Il a toutefois écrit un jour
Quun suicide peut avoir mille raisons
Et lhonnête homme par excellence
De ce siècle vaurien
Sest tué un onze avril au matin

 

    Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot

dimanche 5 avril 2026

Loin des esprits amers


Loin des esprits amers

Dont les flottilles

Toujours vous encerclent

Pour vous rabattre

Dans la zone de chasse

Où l’on pourra faire

Crever l’animal

Dans des gerbes d’eau

Mêlée d’or noir et de sang

 

Image dramatique

Naufrage anticipé

 

Si vous voulez savoir

Où je veux être et vivre

Je vous dirais

Peu importe n’importe où

Mais loin hors de portée

De tous ces esprits amers

Aux haines tenaces

Loin du terrible ressentiment

Partout aux affaires

 

Loin si loin

De la bêtise et de la rage

 

 

Frédéric Perrot

L'inoffensif, René Char

 



Je pleure quand le soleil se couche parce qu’il te dérobe à ma vue et parce que je ne sais pas m’accorder avec ses rivaux nocturnes. Bien qu’il soit au bas et maintenant sans fièvre, impossible d’aller contre son déclin, de suspendre son effeuillaison, d’arracher quelque envie encore à sa lueur moribonde. Son départ te fond dans son obscurité comme le limon du lit se délaye dans l’eau du torrent par-delà l’éboulis des berges détruites. Dureté et mollesse au ressort différent ont alors des effets semblables. Je cesse de recevoir l’hymne de ta parole ; soudain tu n’apparais plus entière à mon côté ; ce n’est pas le fuseau nerveux de ton poignet que tient ma main mais la branche creuse d’un quelconque arbre mort et déjà débité. On ne met plus un nom à rien, qu’au frisson. Il fait nuit. Les artifices qui s’allument me trouvent aveugle.

Je n’ai pleuré en vérité qu’une seule fois. Le soleil en disparaissant avait coupé ton visage. Ta tête avait roulé dans la fosse du ciel et je ne croyais plus au lendemain.

Lequel est l’homme du matin et lequel celui des ténèbres ?   


samedi 4 avril 2026

Pixies, Doolittle, Hey (pour Nico)

 


Doolittle est le deuxième album des Pixies, il est sorti en avril 1989 sur le label 4AD. Violent, mené tambour battant (15 morceaux en à peine 39 minutes), mêlant les genres musicaux avec une joyeuse liberté, volontiers foutraque et bordélique, alternant les atmosphères sombres (I bleed, Dead, Gouge away), les allusions au surréalisme (Debaser), les morceaux nébuleux (Wave of mutilation) ou apocalyptiques (Monkey gone to Heaven) et les chansons plus enjouées (Here comes your man), à la limite de la parodie (La La Love you), Doolittle fut rapidement considéré comme l’un des meilleurs albums des années 80, voire pour certains de l’histoire du rock tout court. Il faudrait ajouter que les chœurs de Kim Deal sont pour beaucoup dans la réussite de lalbum.  

 

Pour écouter « Hey » :


https://youtu.be/tVCUAXOBF7w?si=S4rToIDL6puIyKsx


Pour écouter « Debaser » :


https://beldemai.blogspot.com/2019/09/but-i-am-un-chien-andalusia-pixies-1989.html

 

Pour écouter « Gouge Away » :


https://beldemai.blogspot.com/2021/07/chained-to-pillarsa-three-day-partyi.html

 


mercredi 1 avril 2026

La vérité avant-dernière, Dans les marges du temps

Au Diamant d'Or

 
                « Notre avant-dernier mot/Serait un mot de misère… »

                           Rainer Maria Rilke, Poèmes en langue française

 

 

Tristesse végétative

Fatigue dégoût

L’une ne va pas sans l’autre

Des rêves inanimés

 

La vérité avant-dernière

A le teint blafard

Du débauché qui rentre à l’aube

Et harcèle encore pour rire

 

Le faux dévot défroqué :

« Très cher ami

Vous n’aviez plus un gramme

D’innocence à perdre

 

Mais cet adolescent vraiment

Qu’espériez-vous

Une épiphanie

Une révélation

 

Un plaisir suspect

Par procuration

À votre âge songez

Que ce n’est pas sérieux ! »

 

Le faux dévot

Qui trimballe avec lui

L’odeur des vieux messieurs

Se rhabille promptement

 

Il souhaiterait répondre

Mais en cette heure cruelle pour tous

La vérité avant-dernière

Est d’un jaune pisseux


 

Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot


lundi 30 mars 2026

Howard P. Lovecraft, Celephais (début du conte)


 

    En rêve, Kuranes contempla la cité dans la vallée. La côte s’étendant derrière le pic neigeux qui domine la mer, et les galères aux couleurs gaies qui sortent du port pour aller vers les régions lointaines où le ciel et la mer se rejoignent. Ce fut également en rêve qu’il acquit ce nom de Kuranes, car lorsqu’il s’éveilla, il constata qu’on l’appelait autrement. Peut-être était-ce pour lui chose naturelle que de rêver d’un nouveau nom, car, dernier descendant d’une famille, et seul parmi les millions d’habitants indifférents de Londres, rares étaient ceux qui lui parlaient pour lui rappeler qui il avait été. Il avait perdu ses terres et son argent, et n’aimait guère les manières des gens qui l’entouraient. Il préférait rêver et transcrire ses rêves. Ceux à qui il montrait ses écrits se moquaient de lui, si bien qu’il les garda pour lui seul, et finalement cessa d’écrire. Plus il s’éloignait du monde qui l’entourait, et plus ses rêves devenaient merveilleux : il aurait donc été vain d’essayer de les coucher sur le papier. Kuranes n’était pas moderne, il ne pensait pas de la même façon que ceux qui écrivent. Tandis que ceux-ci s’efforcent de dépouiller la vie des voiles brodés des mythes qui l’entourent, montrant dans sa laideur cette triste chose qu’est la réalité, Kuranes recherchait uniquement la beauté. Quand la vérité et l’expérience n’eurent pas réussi à la lui révéler, il la chercha dans l’imagination et dans l’illusion, et la trouva toute proche, parmi les souvenirs nébuleux des contes et des rêves de son enfance. Enfants, nous écoutons et nous rêvons, nous avons des pensées encore floues, et quand, une fois adultes, nous essayons de les faire revivre en notre mémoire, le poison prosaïque de la vie ternit ces visions. Mais certains d’entre nous s’éveillent la nuit avec d’étranges phantasmes de collines et de jardins enchantés, de fontaines chantant dans le soleil, de falaises dorées qui surplombent des mers calmes, de plaines qui s’étendent jusqu’au pied de cités endormies et de légions de héros qui galopent sur des chevaux blancs caparaçonnés à l’orée de forêts épaisses. Alors, nous savons que nous sommes retournés en arrière, par des portes d’ivoire, dans ce monde merveilleux qui fut le nôtre avant l’âge de raison, qui est celui de la tristesse.

 

Howard P. Lovecraft, « Celephais »

Éditions Pierre Belfond, 1969, pour la traduction française

dimanche 29 mars 2026

George Orwell, 1984 (adapté et illustré par Fido Nesti)

 


Présentation de l’éditeur

 

1984, le chef-d’œuvre de George Orwell, fait partie des plus grands textes du vingtième siècle. Les lecteurs de tous âges connaissent Big Brother et Winston Smith, car plus qu’un roman politique et dystopique, 1984 a nourri notre imaginaire sans jamais perdre de son actualité. L’atmosphère envoûtante et le dessin aux teintes fantastiques de l’illustrateur brésilien Fido Nesti, alliés à la modernité de la traduction de Josée Kamoun, nous offrent aujourd’hui une magnifique édition de 1984, la première version graphique du texte mythique d’Orwell. Il s’agit d’un des événements éditoriaux les plus importants de l’année à travers le monde.


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De son vrai nom Eric Arthur Blair, George Orwell est né le 25 juin 1903 dans les Indes britanniques. Fils d’un fonctionnaire travaillant pour la Régie de l’opium, il a étudié dans les plus prestigieuses écoles du Royaume-Uni, a servi en Birmanie, vécu à Paris, enseigné en Angleterre, puis est parti en Espagne pour combattre dans les rangs républicains en 1937. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il devient journaliste à la BBC et débute l’écriture de La Ferme des Animaux. Atteint de la tuberculose, il publiera son ultime roman, 1984, quelques mois avant son décès, le 21 janvier 1950.

 

Fido Nesti est né à São Paulo, au Brésil, en 1971. Artiste autodidacte, il travaille comme illustrateur depuis plus de trente ans. Il dessine pour différents magazines américains comme The New Yorker ou Rolling Stone, il est l’auteur de plusieurs romans graphiques et compose les couvertures de livre de plusieurs grandes maisons d’édition brésiliennes. Il découvre 1984 à l’école – en 1984 justement – et son obsession pour ce monde dystopique, très proche de la réalité brésilienne d’aujourd’hui, ne le quittera plus jamais.

 

George Orwell, 1984

Adapté et illustré par Fido Nesti

Traduit de l’anglais par Josée Kamoun

Éditions Grasset 2020


George Orwell en 1945 (photographie extraite de la biographie de Bernard Crick)

jeudi 26 mars 2026

À l'avenir (poème de Kelig Nicolas)

 

L'île, dessin de Kelig Nicolas

nous avons des lumières, pour continuer
quand en chemin il fait si sombre
chacun semble aveugle, se bouscule
se fait mal, se coupe, comme aujourd’hui
je lis des pages, de lumières
en poésie, les amis
des étoiles filées, brillent toujours
comme hier, j’écoute des chansons,
les paroles résonnent, à l’esprit
en mélodies, en refrain
nous nous souvenons, des instants chers
pour ne pas trop tomber, pour se relever
quelques lumières, pour guider, à présent
les gestes de vie, nous avons des lumières
pour continuer, à nous sourire

 

                                  Kelig Nicolas, mars 2026

mardi 24 mars 2026

Est-ce ma faute si ton rêve a basculé ?

 

« Je ne cherche pas à me blanchir, je fais largement amende honorable, mais à bien y réfléchir, je ne comprends pas pourquoi je devrais porter seul la responsabilité de ce carnage. Est-ce ma faute si ton rêve a basculé ? Toute cette histoire était cousue de fil blanc, une escroquerie sentimentale. Émus par de si charmants débuts, nous nous bercions tous deux d’illusions et à un moment, ce fut l’heure du réveil. Je ne cherche pas à me blanchir, je sais que je suis imbuvable, mais tout bien médité, je ne comprends vraiment pas pourquoi je devrais endosser seul la responsabilité de ce carnage. Est-ce ma faute si ton rêve a basculé ? Est-ce ma faute, si tout était marqué dès le début du sceau de la fausseté ? Je ne cherche aucunement à me blanchir, il faut parfois insister pour se faire comprendre, mais je refuse de porter seul la responsabilité de ce carnage : ce serait trop facile, comme une explication tronquée, visant à donner un sens univoque à l’histoire, son fin mot… Or, pour aboutir à un tel carnage, il a fallu que les coups répondent aux coups et que chacun s’envenime de ses propres blessures, de sorte que les torts ne peuvent être que partagés, quoique dans des proportions différentes, bien sûr… Indépendamment de toutes les circonstances contraires et des difficultés ajoutées par mon seul caractère, est-ce ma faute si ton rêve a basculé ? »

 

                                                                     Frédéric Perrot

lundi 23 mars 2026

Mon double et moi, Dans les marges du temps

 


« I met myself in a dream

                               And I just want to tell you that everything was allright »

                                                                                     Lou Reed

 

Depuis plusieurs jours,

J’ai pris l’importante décision

De garder mes distances,

De me tenir à au moins un mètre de moi-même :

 

On n’est jamais trop prudent !

 

Quand dans le grand appartement

Je croise mon double,

Nous évitons toute manifestation fraternelle

Tels que serrements de mains, accolades, embrassades…

 

J’ai été très inquiet pendant un moment

Pour mon double…

Lui d’ordinaire si silencieux

Ne cessait plus de répéter :

 

Édition spéciale

Édition spéciale

Édition spéciale

Édition spéciale

 

Le pic de la crise a été atteint

Quand en pleine nuit il s’est mis à taper

Bruyamment sur le piano –

Juste pour emmerder les voisins !

 

Il s’est calmé depuis heureusement,

S’est plongé dans la lecture

De Mars de Fritz Zorn

Dont il me lit des extraits… accablants.

 

Je ne sais combien de temps

Mon double et moi,

Nous parviendrons à nous supporter :

Il ne faudrait pas que cela dure éternellement !

 

 

29 mars 2020

 

  

 

Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Il a été écrit dans les premières semaines du confinement de mars 2020. Je l’ai lu lors de la soirée poésie au Divanoo, Encres libres, le jeudi 12 mars. Frédéric Perrot.

 

Pour écouter la chanson « Beginning to see the light » du Velvet Underground :


https://youtu.be/jRAFf2oePMM?si=oqLOZCz86fQZppFr