dimanche 6 septembre 2026

Édition spéciale, Dans les marges du temps (pour Frédéric Bach)

 

 

À l’heure où nous parlons 

Nous sommes sans nouvelles 

De la jeune Ophélie 

 

Vaccin contre la mort découvert au Brésil 

Soutenue par le consortium pharmaceutique 

L’Agence du médicament dément 

 

La star électro-pop Hermaphrodite 

Réclame dans une lettre ouverte au pape 

De pouvoir épouser sa tortue empaillée 

 

Soupçonné de violences sexuelles 

Le prix Nobel de physique répond : 

« Je n’ai aucun goût pour les femmes de couleur » 

 

En bref conflit sino-indien 

Malgré des signes d’assouplissement 

Les négociations restent dans l’impasse 

 

À l’heure où nous parlons 

Nous sommes sans nouvelles 

De la jeune Ophélie 

 

Vaccin contre la mort découvert au Brésil 

  

    Le poème appartient à mon recueil, Dans les marges du temps (novembre 2025). Frédéric Perrot. 

 

    Pour écouter la musique composée et regarder la vidéo réalisée par Nicolas Schiochet à partir d’Édition spéciale : 

 

https://beldemai.blogspot.com/2025/04/edition-speciale-ou-ophelie-musique-et.html 

vendredi 4 septembre 2026

Yannick Haenel, La solitude des professeurs est infinie


 

Quatrième de couverture 

 

    Jean Deichel, jeune professeur de français, fait son stage dans un collège de la banlieue parisienne. La nuit, il loge dans un club de tennis à Deuil-la-Barre ; le jour, il découvre les difficultés du métier en même temps que ses joies profondes, la violence de l’École en même temps que sa beauté. 

    Jean est aussi un poète ivre d’aventure, attentif à trouver la lumière de la « vraie vie » au cœur du quotidien le plus gris : dans des jardins réels ou rêvés, au bord d’un lac, lors d’évasions à Pompéi et à Tarquinia, mais surtout dans la grâce fragile d’un cours réussi. Entre réalité politique et mystère existentiel, la vie des profs est un roman. 

 

Yannick Haenel, La solitude des professeurs est infinie 

Éditions Gallimard, 2026 

jeudi 3 septembre 2026

Commisération

 

Un brusque élan de commisération, 

vaste, inhabituel, 

tu ne te connaissais pas 

une telle spontanéité du sentiment, 

cela te prend presque au dépourvu 

ce brusque élan de commisération 

pour tes frères et tes sœurs de peine 

qui vont soucieux, hagards, éclopés, 

ont l’air de porter leur vie 

comme un lourd bagage encombrant 

qu’ils ne peuvent abandonner nulle part, 

c’est leur vie malgré tout ! 

Jamais tu ne croises un sourire 

et pourquoi celui-ci laisse-t-il 

sa petite fille pleurer 

au lieu de la prendre dans ses bras 

pour la réconforter et chasser son chagrin ? 

Et lui où va-t-il avec ses yeux trop grands 

qui semblent en avoir trop vu 

et ne sont plus que ténèbres épaisses ? 

Et cet autre encore qui crie sa colère, 

vilipende, couvre de noms d’oiseaux 

les fantômes d’un mystérieux complot ? 

Et elle, oh elle, elle a trop bu, si jeune pourtant 

et déjà gonflée, rougeaude, 

carnage si triste à voir, 

détourner le regard, 

afin qu’elle ne pense pas que tu l’observes 

et en fasse toute une histoire… 

 

             

                                    Frédéric Perrot